
"Alors, comme ça, Mademoiselle, vous venez de Rennes ? Et vous avez dormi à l'hôtel ?
- Non Monsieur, je suis arrivée ce matin. (
Avec la SNCF, c'est possible ! Aux heures de pointe, un TGV toutes les demi-heures. Au total, 20 par jour dans le sens Rennes-Paris avec une moyenne de deux heures de trajet ...)
- Et, vous n'avez pas peur de venir travailler dans la Capitale ?
- Vous savez, je suis née à Paris et j'y viens régulièrement, avec mes parents, le lycée...
- Ah ... et si vous êtes acceptée dans notre (
prestigieux) établissement, vous comptez vous loger comment ?
- J'ai de la famille, des amis et puis, je travaillerai ...
- Ah non, Mademoiselle, je vous arrête tout de suite. Si vous intégrez ce lycée, vous n'aurez pas le temps de travailler en dehors de vos études !
- Mes parents m'aideront, ils sont à fond derrière moi.
- Hum, je vois ... (
encore une fille à papa)
- Et je vois aussi que vous êtes en terminale L, option "histoire des arts". Ça va vous servir à quoi pour faire de la cuisine ?
- Eh bien, je pense que la créativité ...
- N'y pensez pas ! Dans une cuisine d'un grand restaurant, il y a peu de place pour les artistes ! (
Ducasse, Haeberlin, Roellinger, Savoy et consorts apprécieront...)
- Et vous savez, Mademoiselle, que c'est un métier très, très dur pour les femmes ?
- Oui, mais je suis motivée et j'y crois.
- Mmm ... Vous pourriez me citer une femme Chef ?
- Oui, Monsieur. Hélène Darroze.
- Bien. Et elle officie où en ce moment ?
- A Londres, Monsieur.
- Bien, Mademoiselle, nous n'aurons pas d'autres questions."
J'ai récupéré ma Zuzu toute tremblante hier après son entretien dans un grand lycée hôtelier de la Capitale. Elle ne s'était pas laissée démonter mais, en l'accueillant, ma copine parisienne et moi, étions un peu interloquées par le côté machiste et emprunt de condescendance parisianiste qui lui avait été opposé. Encore, un GCP*, ai-je pensé
in petto, comme dit ma copine Angèle de Scaer (Finistère Sud).
Peu de chances qu'elle soit prise, non, mais tant pis, on en a bien profité. Nous avons vu l'expo
De Chirico au Musée d'Art Moderne, déjeuné dans une brasserie, pris le café chez ma copine (qui, par son métier, rencontre des vrais Chefs, elle), puis un autre au jardin du Petit Palais, puis traversé les Tuileries (avec un temps superbe), avant de sauter dans un 95 et regagner la Gare Montparnasse. Pas mal pour deux pauvres provinciales en goguette, non ?
* Gros C.. de Parisien. Je précise que j'ai vécu et travaillé 12 ans à Paris, y ai eu mes deux enfants et que j'adore m'y rendre. Sans compter tous nos amis parisiens...