Affichage des articles dont le libellé est La rumeur du monde. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est La rumeur du monde. Afficher tous les articles

mardi 27 janvier 2015

Nuit et brouillard


Fin 2003, voilà ce que j'écrivais dans mon journal. Je retiendrai de cette année un moment fort : mon voyage en Pologne au mois de mai, et la visite du camp d’Auschwitz Birkenau. Je regrette de ne pas avoir noté mes impressions à chaud mais j’étais en voyage de presse et il m'était difficile de m’isoler. Que dire ? On touche là au plus noir de l’âme humaine.

Ce qui m’a le plus impressionnée c’est la façon méthodique avec laquelle les nazis ont planifié l’extermination de tout un peuple. Voir sur le mur cette immense carte de l’Europe avec en son centre précis ce point, Auschwitz, vers lequel tous les convois devaient converger m’a fait toucher du doigt toute l’horreur de ce génocide programmé de la façon la plus cynique. Je garde aussi le souvenir d’une jeune lycéenne allemande penchée à une fenêtre du bâtiment en face de celui que nous visitions, pleurant à chaudes larmes.

Sans faire de prosélytisme et malgré mes propres réticences au départ, je pense que chacun devrait se rendre une fois dans sa vie à Auschwitz. J’ai lu en rentrant de Pologne tout ce que je trouvais sur le sujet, de façon quasi compulsive : « Inconnu à cette adresse » de Taylor-Kreissmann, le livre de Geneviève de Gaulle-Anthonioz où elle raconte son internement à 20 ans à Ravensbrück, ou bien "L'écriture ou la vie" de l’espagnol Jorge Semprun, écrit dès son retour de Buchenwald. Mais si l'on doit n'en lire qu'un, alors c'est « Si c’est un homme » de Primo Levi. Bouleversant. Indispensable. Inoubliable.

Aujourd'hui, j'ai suivi pendant un moment sur France 2 la retransmission de la cérémonie commémorative du 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz Birkenau. On aimerait croire en la formule bien galvaudée depuis, prononcée tout de suite après la guerre, "Plus jamais ça". Oui, on aimerait ...

mardi 19 juin 2012

Bernis, son clocher, ses platanes, son député FN

Quand ma grand-mère a quitté l'Algérie en 1962 au moment de l'indépendance, son deuxième mari et elle ont acheté une maison à Bernis dans le Gard. C'était une maison biscornue, au cœur de ce village comme il en existe tant dans le midi de la France, de ceux qui ont l'air de tout le temps faire la sieste à l'ombre des platanes.

J'ai des souvenirs d'enfance et d'adolescence liés à cette maison qui, l'été, parvenait à rester fraîche grâce à l'épaisseur de ses murs. J'entends encore mon grand-père nous crier "La porte !" quand on avait le malheur de la laisser ouverte car il avait une sainte horreur des mouches. Le soir, nous "prenions le frais" sur le pas de la porte. Pour ma grand-mère, ma mère et ma tante, c'était encore un peu "comme là-bas" ...

En 1974, mon frère et moi avions trouvé dans la poche d'une veste de ma grand-mère tous les bulletins de vote des candidats à la présidentielle pour lesquels elle n'avait visiblement pas voté. Parmi eux, ceux d'un certain Jean-Marie Le Pen. C'est avec un certain soulagement que ma jeune conscience politique avait pris note que, contrairement à ses voisines, ma grand-mère ne s'en laissait pas conter par cet affreux borgne raciste et démagogue.

Ses voisines, je ne les aimais pas beaucoup. Certaines venaient du même village d'Algérie qu'elle, d'autres étaient là depuis toujours mais ensemble, elles formaient une sacrée bande de commères. A l'époque, il y avait eu un énorme scandale quand la mère d'une de mes copines du village s'était enfuie avec un Arabe. Je ne sais pas ce qui choquait le plus ces cancanières, que cette mère de quatre enfants ait pu les abandonner ou qu'elle ait jeté l'opprobre sur la communauté pour un moins que rien d'arabe. Racisme ordinaire.

Ma mère et ses frères ont vendu la maison de Bernis à la mort de ma grand-mère en 1998. Je n'y suis jamais retournée. A seulement une dizaine de kilomètres de Nîmes, la commune a poussé comme un champignon pour atteindre 3000 habitants aujourd'hui. Dimanche, la moitié d'entre eux a permis à l'avocat parachuté Gilbert Collard d'entrer à l'assemblée nationale sous l'étiquette hypocrite de Rassemblement Bleu Marine, et d'y porter les "valeurs" nauséabondes du FN. Bernis, je ne te dis pas merci.             

mardi 12 juin 2012

Lieux de mémoire

Récemment, Un carnet dans ma valise a franchi le cap des 1000 pages vues. Débuts timides mais encourageants pour ce nouveau blog commencé voici trois mois. Petit rappel pour ceux qui auraient raté le début, j'ai eu l'idée de cette compilation de souvenirs de voyages à mon retour d'une aventure peu ordinaire. 

Fin février, j'ai accompagné un voyage de presse au Tchad dans des circonstances exceptionnelles et j'ai réalisé que si je n'en faisais pas le récit tout de suite, là, à chaud, moi-même j'aurais des doutes plus tard sur la véracité de certaines anecdotes.

Poussant ma réflexion un peu plus loin, j'ai pensé à tous ces voyages que j'avais été amenée à faire depuis une trentaine d'années, certains à titre personnel, d'autres dans un cadre professionnel, et pour lesquels j'avais pris des notes dans ces fameux petits carnets que je mettais dans ma valise avant de partir (il m'est arrivé d'en acheter sur place comme au Sri Lanka où j'ai écrit sur du papier fait en bouse d'éléphant séchée !). Et cela a donné ce blog.

La démarche peut paraître déconcertante et l'est assurément si j'en juge par le peu de commentaires que je reçois. C'est toujours un peu frustrant de savoir que les visiteurs passent, lisent, en pensent forcément quelque chose mais ne s'expriment pas. Je sais aussi d'expérience qu'un blog doit trouver son public et que plus il est "pointu" plus cela prend du temps. Il se peut aussi qu'il ne présente pas ou peu d'intérêt.

Personnellement, il m'arrive aussi d'en lire et de ne pas commenter tout simplement parce que ça ne me parle pas et que je ne vois rien à en dire. C'est aussi une leçon d'humilité que de choisir ce mode d'expression même si d'aucuns y verraient plutôt du nombrilisme. Depuis peu, j'ai découvert les statistiques de fréquentation du blog.

C'est amusant de lire la provenance des visiteurs et les mots-clés qui les ont conduits à cette page. Ainsi, sur le Carnet, j'ai eu 109 "clics" russes ce qui me plonge dans un abîme de perplexité. Je n'écris pas en cyrillique et nulle part, je n'y évoque la Russie ! Plus sérieusement, ce qui m'intéresse dans cet exercice, c'est de noter l'évolution  géopolitique d'un pays.

Ainsi, en relisant mon carnet syrien de 1995, ai-je été frappée de voir que la plupart des germes de l'horreur de la situation actuelle en Syrie étaient déjà là en filigrane. Au fond, peu importe qu'un blog soit lu ou pas, commenté ou non, l'essentiel n'est-il pas qu'il conserve une part de notre mémoire collective ?    

mercredi 14 décembre 2011

Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent

Je voudrais vous parler de la Syrie. J'y suis allée en 1995. Tous ces endroits dont on parle, ces villes martyrs comme Homs, Hama, je les ai visitées. Bien sûr, c'était déjà bizarre. Ce restaurant où les femmes dînaient la tête couverte d'un foulard et les manches de leur manteau couvrant des bras dont n'émergeaient que les ongles. Pratique pour manger.

Il y avait bien cet hôtel de la chaîne Cham Palace où nous étions descendus et qui d'après mon Lonely Planet avait été construit sur un charnier après la révolte des frères musulmans. Révolte matée par un Hafez el Assad autocrate. Déjà.

Dans les rues des villes que nous traversions, partout des portraits géants du général-chef d'état nous toisaient. Dans le désert, des bases militaires immenses avec des barbelés tout autour, à perte de vue. Au poste frontière avec la Jordanie, nous avions dû attendre des heures que des soldats armés jusqu'aux dents nous laissent passer. De l'autre côté, l'air était soudain devenu plus respirable ...

Curieusement, je garde malgré tout un bon souvenir de ce voyage en Syrie. J'ai des flashes qui me reviennent en mémoire : ce jardin rempli d'orangers de la grande mosquée de Damas, celle où se pauvre Jean-Baptiste repose on ne sait plus trop pourquoi, la ville antique de Palmyre particulièrement bien conservée, le Krak des Chevaliers, cette étonnante forteresse des Templiers, le plus beau château-fort médiéval qu'il m'ait été donné de voir, une sortie de messe un dimanche dans un village, la petite église de Maaloula et son baptistère qui était déjà là du temps du Christ, des bédouins dans le désert, un caravansérail ...

Et surtout, surtout, ces syriens raffinés parlant un  français parfait qui nous accueillaient avec chaleur. Et aujourd'hui, neuf mois de révolution systématiquement réprimée dans le sang, des enfants arrachés à leurs familles et torturés, des blessés achevés dans les hôpitaux, et un tyran fils de tyran sourd aux appels de la communauté internationale, ligue arabe comprise. 5000 morts ... Silence, on tue en Syrie.

Comme dit Hermione, je crains d'avoir plombé l'ambiance mais voilà, je n'ai pas envie de me taire.                   

lundi 24 octobre 2011

Le camp des perdantes

Depuis ce matin, les journalistes de la presse audiovisuelle se réjouissent en boucle de deux avancées majeures pour la démocratie chez nos voisins arabes. D'un côté, les premières élections libres en Tunisie qui ont atteint un taux record de participation et de l'autre, la liesse de la liberté retrouvée en Libye au lendemain de la mort de Kadhafi.  Je ne sais pas pourquoi mais je n'arrive pas à me réjouir complétement de ces deux événements. Je suis peut-être une indécrottable rabat-joie mais ce que je vois et entends m'inquiète plutôt pour le sort des femmes. En Tunisie, si le dépouillement n'est pas tout à fait terminé, on annonce déjà une nette avancée du Ennahda, le parti islamiste "modéré" comme se dépêchent d'ajouter nos hérauts médiatiques. Je viens de lire un petit recueil de nouvelles aussi sublime qu'édifiant, "Nouvelles d'Algérie" de l'écrivain Maïssa Bey. En quelques récits terribles, elle nous ramène aux années noires de l'Algérie. Pour ceux qui auraient oublié le contexte, le 11 janvier 1992, le pouvoir en poste annulait le deuxième tour des élections législatives dont le premier tour annonçait une victoire éclatante du FIS, le Front Islamique de Salut. S'en suivit une période de terreur de dix ans qui fit entre 60000 et 150000 victimes selon les sources, la plupart au cours de massacres de civils. Voir un parti islamiste - fut-il modéré - pointer son nez dans un pays que j'aime même si je reconnais que le règne de Ben Ali pas plus que celui de Bourguiba n'étaient des modèles de démocratie, ne me réjouit pas. Quant à la Libye, le gouvernement de transition a tout de suite annoncé le rétablissement de la Charia, la loi islamique, appliquée entre autres en Iran. Comme je l'ai entendu ce matin, ce socle législatif serait le plus petit dénominateur commun de ce pays à la population très diverse et dans l'ensemble très attachée aux traditions, en attendant une prochaine constitution. Concrètement, sous Kadhafi, la polygamie était tolérée, dorénavant elle sera inscrite dans la loi et le divorce interdit. Et la lapidation fait aussi partie de l'arsenal juridique de la charia, ne l'oublions pas. Pourquoi ai-je l'impression que ce sont encore les femmes qui vont être les grandes perdantes de ces bouleversements ? Et d'ailleurs, vous avez vu beaucoup de femmes fêtant la chute du tyran libyen sur nos écrans de télévision ? Ce soir, je pense très fort à mes sœurs tunisiennes et libyennes et mon cœur se serre une fois de plus.     

vendredi 23 septembre 2011

Born in the USA

Au lendemain du 11 septembre, un éditorialiste avait écrit parodiant Kennedy à Berlin : "Nous sommes tous des Américains".  Il est des jours où personnellement je me dis que je n'aimerais pas être américaine. Hier en était un quand au réveil j'ai compris que Troy Davis avait été exécuté dans la nuit. Bien sûr, je me garderai bien de mettre tous les américains dans le même panier et c'est justement parce que je sais que beaucoup d'entre eux ont espéré jusqu'au dernier moment la grâce de la Cour Suprême, que je les plains et n'aimerais pas être à leur place. Voilà un homme qui était depuis vingt ans dans le couloir de la mort, clamait son innocence et était devenu le symbole de ce que la peine de mort a d'abject, et qui, malgré d'innombrables soutiens venus du monde entier et les recours de ses avocats jusqu'au dernier moment, n'a pas réussi à échapper à son destin inhumain. Comme je l'ai lu quelque part, les juges en col blanc de l'état de Géorgie puis de la Cour Suprême des États-Unis ont fait montre de plus de cruauté que les ayatollahs iraniens qui, sous la pression mondiale, ont renoncé à lapider Sakineh. Apparemment, les partisans de la peine de mort aux États-Unis gagnent du terrain depuis quelques années alors qu'on aurait pu s'attendre à l'inverse après l'espoir suscité par l'élection d'un président démocrate et noir. Certains ont reproché à Obama justement de ne pas s'être prononcé en faveur d'une grâce de Troy Davis. Un peu peut-être à la manière de Ponce Pilate, il a argué que cette décision relevait de la justice fédérale et qu'il n'avait pas à intervenir. Il est déjà en pré-campagne pour son prochain mandat et il doit prendre en compte le fait que l'opinion américaine est encore largement en faveur de la peine de mort. Le très populaire gouverneur du Texas, Rick Perry, dont l'état détient le triste record des peines capitales (234 depuis son élection) part grand favori dans la course à l'investiture républicaine de la prochaine présidentielle. Les abolitionnistes américains ont encore du souci à se faire. Et n'oublions pas que chez nous, Mitterrand et son ministre de la justice Robert Badinter ont fait passer en force l'abolition de la peine de mort contre une opinion publique largement favorable à cette pratique. Le 9 octobre prochain, cela fera 30 ans. Pas tellement vieux finalement pour le pays des droits de l'homme ...

dimanche 11 septembre 2011

Ten Years Ago (III)

J’ai encore aujourd’hui du mal à exprimer ce que j’ai ressenti en voyant ces images quand peu de temps après avoir appris la terrible nouvelle, nous nous sommes à notre tour réfugiés dans un café de Sark. Virginie et les autres qui revenaient de leur balade à vélo nous ont rejoints et là, dans ce qui nous avait paru être un de ces endroits privilégiés à peine touchés par le progrès technique, nous avons remarqué soudain le taux d’équipement en radios, ordinateurs et télés. Dans chaque boutique de souvenirs, bistrot ou hôtel, les gens se sont agglutinés autour de la lucarne magique comme aimantés. Le nôtre avait un écran géant et nous étions là debout, sidérés, répétant "c’est pas possible, c’est pas possible, oh mon Dieu !". Virginie a proposé un alcool fort à chacun, certains se sont mis à tirer fébrilement sur leur cigarette et quand, au bout d’un moment, quelqu’un a proposé de se mettre en terrasse pour finir nos verres, il en restait toujours un à l’intérieur qui n’arrivait pas à détacher ses yeux de l’écran. Même les plus blasés parmi ces journalistes, Marc le vieux routier du Monde, Philippe qui avait couvert pour Sygma un grand nombre de guerres, tous étaient complètement retournés. Nous étions bien loin de ce brave Victor et de ses Travailleurs de la mer, des turpitudes de son exil, et de ses amours contingentes avec sa Juliette… Bienvenue dans le 21ème siècle ! Comme si le symbole de Manhattan mutilé ne suffisait pas, on apprenait qu’un troisième avion avait été lancé contre le Pentagone à Washington faisant encore 200 morts et qu’un quatrième s’était écrasé du côte de Pittsburgh. On a dit ensuite qu’il aurait normalement dû atteindre la Maison Blanche ou encore l’avion d’Air Force 1 qui transportait à ce moment-là le Président des États-Unis, George W. Bush, celui-là même que nous avions tendance à prendre pour un "neuneu". Le soir, nous avions une veillée prévue autour du film de Truffaut, Adèle H., ce que tout le monde s’est empressé d’oublier. Ce qui devait être un moment privilégié, c’est en effet assez rare de dormir à Sark car l’hôtellerie est limitée en capacité, s’est transformé en dîner très animé, très "retour brutal sur terre". Le lendemain, nous regagnions la France via Guernesey où nous nous sommes jetés de manière frénétique sur tous les journaux. Le Times titrait "When War Cames to America". Et c’était bien de guerre dont il s’agissait.


samedi 10 septembre 2011

Ten Years Ago (II)

Ces images nous les avons vues et revues depuis ad nauseam puisqu’elles passent en boucle sur toutes les télés du monde mais à ce moment-là, nous avons bien du mal à réaliser qu’elles ne sont pas virtuelles comme dans un film catastrophe ou un jeu vidéo, mais bel et bien réelles. Sur le moment, quand Yves essaie de nous expliquer ce qu’il a vu, un avion foncer dans une des tours du World Trade Center, je ne parviens qu’à répéter : "Quoi, les Twin Towers, tu en es sûr ?". Il faut dire que Manhattan sans les tours jumelles, c’est comme Paris sans la Tour Eiffel ou San Francisco sans le Golden Gate, la fierté des new-yorkais, le symbole de la finance et de la toute puissance économique de l’Amérique. Et sur un plan humain, c’est une véritable ruche, 50 000 personnes y travaillent, elles abritent des hôtels, des restaurants, des énormes galeries marchandes, une poste, bref, c’est une ville dans la ville ! Je m’étais rendue deux fois à New York et à chaque fois, j’avais pris l’ascenseur pour voir comme des millions de touristes avant et après moi, la forêt de gratte-ciels, l’Hudson et Central Park à mes pieds. Fascinant. 106 étages je crois me souvenir, et un raz de marée humain à chaque ouverture des bureaux. Le cynisme des terroristes qui se sont emparés d’avions de ligne régulière pour les transformer en méga-bombes est tel qu’ils ont orchestré leurs attentats de manière à ce que les projecteurs de toutes les télés soient braqués sur la deuxième tour, après l’annonce de l’attaque de la première, au moment précis où le deuxième appareil est venu la traverser de part et d’autre. A ce stade, une grande partie des tours avait déjà été évacuée et les pompiers accourus en secours ont été littéralement pris au piège quand l’une après l’autre, elles se sont effondrées. Juste avant, on a eu le temps de voir des gens se jeter par les fenêtres pour éviter le brasier, image forte qui a fait faire des cauchemars à des milliers d’enfants que leurs parents hébétés n’ont pas eu le réflexe de soustraire à cette vision d’horreur. A suivre ...

vendredi 9 septembre 2011

Ten Years Ago (I)

J'ai retrouvé ce que j'ai écrit dans mon journal il y a 10 ans, quelques jours seulement après le 11 septembre. Je vous le livre tel quel. Lu ce matin quelque part : "Chaque américain se souvient de ce qu’il faisait au moment où il a appris l’assassinat du Président Kennedy, désormais chacun de nous se souviendra de ce qu’il faisait quand il a appris l’effondrement des Twin Towers". Pour ma part, je me trouvais à Sark avec un groupe de journalistes en voyage de presse.  Le thème de ce voyage était "sur les traces de Victor Hugo" et nous suivions un guide passionnant, Gérard P., professeur de littérature au Lycée Buffon et hugolien passionné.  A Sark, au troisième jour de nos pérégrinations, nous nous sentions particulièrement hors du temps et hors du monde. Nous venions de pique-niquer juste avant la Coupée, sorte de bras de terre qui sépare la Grande Sark de la Petite Sark, Gérard avait évoqué Hugo et plus particulièrement ces blocs de rochers qui lui avaient inspiré le naufrage de la Durande dans "Les Travailleurs de la Mer" et, alors que les autres enfourchaient leur vélo, avec deux de mes compagnes, Hélène et Mireille, nous avons décidé de continuer à pied. Il faut dire que sur cette île minuscule des anglo-normandes, il existe trois moyens de locomotion en dehors de la marche, le vélo, la carriole tirée par un vieux cheval de labour ou le tracteur ! Aucune voiture n’est autorisée, d’ailleurs l’état des quelques routes qui sillonnent Sark ne le permettrait pas. Nous suivions donc des petits chemins de campagne et convergions vers la rue principale de Sark à la recherche de cartes postales quand nous avons rencontré Yves et Philippe, complètement bouleversés par ce qu’ils venaient de voir. Yves et Philippe sont deux photographes de l’agence Sygma qui assuraient un reportage sur le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, en marge de notre voyage de presse. N’ayant pas pique-niqué avec nous, ils étaient entrés se sustenter dans un troquet au milieu duquel trônait un poste de télévision. Et là, il devait être 14 ou 15 heures et donc peu près 10 heures du matin à New York, quand ils ont vu l’avion percuter la deuxième tour puis plus tard, les deux tours s’effondrer comme des châteaux de cartes. A suivre ...    

mardi 10 mai 2011

Génération Mitterrand

Le 10 mai 1981, c'était la première fois que je votais pour élire un Président de la République. Je travaillais alors à La Rochelle comme agent de comptoir (!) non pas dans un bar mais dans une agence de voyages, celle du journal Sud-Ouest. A l'époque, la plupart des groupes de presse avaient leur agence, peut-être une façon d'ouvrir leurs lecteurs à de nouveaux horizons. L'agence était au rez-de-chaussée avec la publicité et les petites annonces, et la rédaction au premier. En 81, j'étais encore sous l'influence politique de mes parents et, contrairement à mon frère et à la plupart des gens de ma génération, voter à gauche n'allait pas de soi pour moi. Au premier tour, j'avais voté pour Michel Crépeau qui se présentait pour le MRG (Radicaux de gauche) surtout parce qu'il était maire de La Rochelle et que grâce à lui (et surtout au rédac'chef du journal), j'avais eu droit à un F2 dans une HLM de la ville (on voit où se logeait ma conscience politique ...).  Bref, le jour du second tour, je ne me souviens plus des circonstances de mon vote mais clairement que j'avais hésité à donner ma voix à Mitterrand que je n'aimais pas beaucoup. Pour moi il était vieux (l'âge légal de la retraite aujourd'hui), je me méfiais de son sourire carnassier, ses mines florentines, et ses discours sibyllins. Mais comme beaucoup de Français alors, je supportais encore moins Giscard, son arrogance, son côté bling-bling et ses promesses non tenues (tiens, tiens, ça me rappelle quelqu'un ...). Bref, ce 10 mai à 20 heures, j'étais devant la télévision de la rédaction avec mes collègues et quelques Rochelais lorsque le visage de "Tonton" est apparu. Ceux qui ont vu cette image se souviennent peut-être que les deux candidats étant également dégarnis, il a fallu arriver aux sourcils pour qu'on comprenne que la France venait de changer de bord. En quelques minutes, les quais ses sont couverts de badauds, les rues ont résonné des klaxons des voitures (La Rochelle, ville touchée au début des années 80 par 10% de chômage, votait largement à gauche) et avec mes copines, j'ai observé du balcon la liesse populaire. Plus tard, Crépeau est arrivé au journal avec une caisse de champagne (entre les deux tours, il avait logiquement appelé ses électeurs à donner leurs voix à Mitterrand) pour fêter l'événement. On notera au passage le devoir de neutralité d'un grand quotidien régional... Et vous, votre 10 mai 81 ?

lundi 11 avril 2011

Stigmatisation

Il règne en ce moment dans notre pays un climat délétère. Entre la dame qui se prend pour la réincarnation de Jeanne d'Arc et veut bouter les arabes hors de France, le nouveau ministre de l'intérieur qui arrive à faire pire que son prédécesseur ce qui déjà est une prouesse, le débat sur l'identité nationale voulu par le sommet de l'Etat et qui embarrasse tout le monde, représentants des différents cultes compris, ça fait beaucoup ! Personnellement, je vois passer dans ma boîte mail et sur Fessebouc des appels nauséabonds à se protéger des envahisseurs qui me font monter la bile dans la gorge. Heureusement, cette semaine dans la presse, plusieurs articles sur le reportage du photographe Britannique Martin Parr (photo) à la Goutte d'or à Paris viennent relever le débat et nous rappeler que oui, on peut trouver chez nous des communautés bigarrées, sympathiques,  bien intégrées, et qui ne font pas de bruit. Mais de celles-là, on ne parle pas. Selon un mot à la mode dont les médias raffolent en ce moment, on préfère stigmatiser. Stigmatisés donc, les tournantes dans les banlieues, les femmes cachées sous leur burqa et les hommes qui prient dans la rue. Réalité qui si elle existe, ne nous voilons pas la face, n'est pas la seule. J'ai déjà évoqué ce quartier Bordelais où nous sommes arrivés un peu par hasard et dans lequel je me sens bien. En bas de chez moi, mon voisin s'appelle Driss, il  tient un magasin de mobilier et de décoration marocain, c'est un homme de bon goût, raffiné, d'une grande courtoisie, toujours prêt à rendre service. Juste en face, nous avons nos habitudes dans un restaurant qui fait le meilleur couscous à l'agneau du monde, des pâtisseries orientales à se lécher les doigts et dont le patron est un jeune homme de 28 ans, sérieux, exigeant, prévenant, commerçant. J'apprécie son thé à la menthe en fin de repas et, un jour où j'étais enrhumée, il m'a soignée avec une décoction au camphre radicale. Je pourrais vous parler du couturier qui en vingt minutes et pour un prix modique vous fait un ourlet de pantalon (alors que trouver une retoucheuse de nos jours relève du parcours du combattant) ou encore de Racha, ma coiffeuse, mi-marocaine, mi-égyptienne qui est devenue une copine. Dans son salon aux murs badigeonnés d'une belle couleur brique, il règne une atmosphère délicieusement féminine, cosmopolite, on se prête les magazines, on papote de la pluie et du beau temps, un peu comme dans ce joli film, Caramel. Ce quartier, je l'aime, et cette France multicolore où j'ai grandi, c'est celle-là que je veux, pas cette autre qu'on voudrait me vendre, protectionniste, aseptisée, frileuse. En un mot, triste.     

mercredi 16 mars 2011

L'honneur japonais

Après deux billets à connotation politique, je m'étais juré que le prochain serait plus léger. Mais comment continuer à faire comme si de rien n'était quand le Japon est touché de plein fouet par une catastrophe qu'on pressent comme étant l'une des pires de notre époque. Je ne sais pas vous mais moi je me sens comme au lendemain du 11 septembre. Je n'arrête pas de lire compulsivement les dépêches sur Internet et de regarder toutes les infos à la télé. Encore que de ce côté là, on est déjà passé à autre chose, le débat sur le nucléaire en France. Alors que les Japonais restent dignes après avoir subi à la fois l'un des plus forts tremblements de terre de tous les temps, un tsunami dont les victimes se comptent par dizaine de milliers et sont sous le coup d'une menace nucléaire majeure, nos compatriotes se précipitent dans les pharmacies pour faire provision de pastilles d'iode ! Quand cessera-t-on de se regarder le nombril dans ce pays ?  En Inde, nous étions quelques femmes d'expat à nous rencontrer chez l'une ou chez l'autre une fois par semaine pour discuter de différents sujets pendant une heure en anglais puis une heure en français. D'abord constitué de Françaises, de Britanniques et d'Américaines, notre groupe de "franglais" s'était peu à peu élargi à une Indienne, une Italienne et deux Japonaises, toutes éprises de notre langue. L'une d'elles était ma voisine et je regrette de ne pas l'avoir mieux connue car elle est arrivée peu avant que je ne parte. Depuis vendredi, je n'arrêtais pas de penser à elle et ce matin, je l'ai contactée. Je la savais toujours en Inde mais sûrement inquiète pour sa famille et ses amis restés au pays. Elle m'a répondu qu'en dehors de son frère qui vit à Tokyo, le reste de sa famille est à Kobé. Et de me rappeler que c'était là qu'il y a 15 ans s'était produit déjà un terrible tremblement de terre. Elle m'écrit qu'étudiante, elle est restée un mois sans pouvoir retrouver ses parents car les liaisons en train entre la ville où elle étudiait et Kobé avaient été coupées. Quand je suis arrivée, dit-elle, c'était comme s'il y avait eu la guerre. Et de rajouter, pourtant celui que nous venons de vivre est 140 fois plus fort. Dire que les médias français prétendent que les autorités japonaises minimisent l'ampleur de la catastrophe. J'ai une analyse un peu différente, je crois plutôt que ce sont les Japonais qui nous donnent une leçon de courage et de dignité.
Au moment où je termine d'écrire ces lignes, je tombe sur cet édito  : L'honneur des Japonais

lundi 28 février 2011

Anticonstitutionnellement

Un dimanche soir comme un autre. Notre Président parle aux Français. Jusque là, rien de bien nouveau,  on a tellement pris l'habitude de le voir squatter le 20 heures qu'on s'attend à ce qu'il remplace bientôt David Pujadas. Personnellement, je ne le regarde pas d'autant que le sujet de son laïus  du jour a déjà été défloré par les radios et les journaux du week-end. On sait avant lui ou presque que MAM vit ses dernières heures de ministre. Donc, la soirée passe, je ne me souviens même plus de ce que l'on a regardé, c'est dire. Juste avant de me coucher, je mets quand même LCI (à moins que ce ne soit BFM TV) afin de savoir ce qui se passe dans le monde, et je tombe pile sur les morceaux choisis de l'allocution du chef de l'état. Et là, je me frotte les yeux.  Juste après nous avoir informés que MAM est remplacée aux Affaires Étrangères par Juppé (le meilleur d'entre nous comme disait Chirac, et de surcroît bon maire de notre bonne ville qu'on se demande quand il va trouver le temps d'administrer mais là n'est pas mon propos) que j'entends notre inénarrable président dire : "Je remplace Hortefeux par Guéant et X par Y. Je ne voudrais pas faire ma prétentieuse (comme dirait Blier dans un dialogue d'Audiard) mais j'ai eu l'occasion de faire un peu de droit constitutionnel quand j'étais en licence. Il me semble que l'article 21 de la constitution de 1958 prévoit que : "Le Président de la République nomme le Premier ministre [...]. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement". [...] Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation." Ce qui me frappe dans son discours, c'est qu'il n'est pas question mais alors pas du tout, du premier ministre. Et, qu'à tout le moins, on pourrait espérer un "nous" au lieu de ce "je" autoritaire pour ne pas dire autocratique. J'entends dire à la radio ce matin que c'est le 10è remaniement en quatre ans mais, sauf erreur de ma part, c'est toujours le même premier ministre (on n'ose plus dire chef du gouvernement). Ce qui pourrait passer pour de la stabilité ou de la fidélité si on avait encore le cœur à en rire. Les prédécesseurs de l'actuel Président nous avaient habitué aux premiers ministres fusibles (Juppé en a d'ailleurs fait les frais en son temps), voici venue l'heure du premier ministre fantôme (ou fantoche ?). Il est toujours là mais plus personne ne sait à quoi il sert. Qui ça ? Attendez, je ne me rappelle plus son nom, faut que je cherche...

mercredi 16 février 2011

Lux fiat

Devinette. Pourquoi la caserne de pompiers de Livermore, California, est-elle le point d'attraction de nombreux badauds ? Je vais éclairer votre lanterne. Parce que depuis 1901, une des ampoules électriques pendues au plafond y brille sans discontinuer. Baptisée "Centennial Light" avec le sens des formules qui caractérise les américains, la petite merveille figure dans le Guinness Book des records et a même attiré un millier de personnes lors de son 100ème anniversaire ! Cette anecdote était le point de départ d'un documentaire d'Arte hier soir, très bien fait je trouve, suivi d'un débat sur le thème de l'obsolescence programmée. Kesako ? Pour reprendre l'exemple de notre ampoule centenaire, on sait parfaitement fabriquer des ampoules du même type. Mais dans les années 30, un cartel de fabricants venus de pays industrialisés (l'allemand Osram, le néerlandais Philips, etc.) s'est entendu pour limiter la durée de vie d'une ampoule à 1000 heures dans une pure logique de consommation. C'est ce qu'on appelle l'obsolescence programmée. Qui n'a pas ragé un jour en s'entendant dire que parce que telle pièce de son aspirateur ou de son imprimante était introuvable, tout l'appareil était à changer ? Dans le même reportage, un sociologue allemand se vantait d'avoir un réfrigérateur fabriqué en ex RDA acheté au moment de la chute du mur et qui marchait encore 25 ans après. Faut-il en conclure qu'il faut revenir à l'économie planifiée et jeter le bébé de la croissance avec l'eau du bain de la consommation ? On parle beaucoup de décroissance en ce moment et c'est vrai qu'on constate un début de prise de conscience collective. Après quoi courons-nous ? Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ? Car tous ces biens périssables à brève échéance, que deviennent-ils réellement ? Quelle part est réellement recyclée, quelle part s'en va finir dans les décharges des pays pauvres ? On peut bien sûr accuser la société de consommation, le marketing et la pub qui nous forceraient à acheter toujours plus et plus souvent mais ce serait faire peu de cas de notre libre arbitre. Entendu ce matin sur Inter qu'un téléphone mobile est prévu pour durer 5 ans, or un consommateur adulte en change en moyenne tous les 18 mois et un jeune tous les 9 mois. Décroissance peut-être pas mais si on commençait à réfléchir en terme de croissance mesurée, chacun à son niveau ? En espérant que l'ampoule de Livermore nous aidera à y voir enfin plus clair.
Illustration : "World's Longest Burning Light Bulb" by Dan Lacey           

mercredi 2 février 2011

Vous achetiez ? J'en suis fort aise.

Vous savez quel est selon moi le plus beau métier du monde ? Banquier. Regardez ce qui s'est passé récemment aux États-Unis provoquant une onde de choc dans toute la planète. Je veux parler bien sûr de la crise des subprimes, ce truc qui, comme le faisait remarquer un observateur avisé, nous a coûté cher sans même emprunter. L'autre jour, j'ai vu à la télé un reportage hallucinant. A Los Angeles, un immense stade couvert avait été loué par une association d'aide aux victimes du surendettement. Environ 5000 personnes (!) attendaient dehors pendant des heures de pouvoir rentrer à l'intérieur. Là, des tables s'étendaient à perte de vue, de part et d'autre desquelles des personnes comme vous et moi se tenaient. A ceci près que d'un côté se trouvaient les vainqueurs, les usuriers, et de l'autre, les vaincus, ceux qui tentaient de conserver leur bien. Tous n'étaient pas de pauvres gens paumés qui avaient eu l'imp(r)udence de vouloir être propriétaires de leur maison alors qu'ils n'étaient qu'employés au Wallmart du coin, non, parmi eux on trouvait de nombreux cadres aux revenus plus que corrects. Ainsi cette chef d'entreprise qui se versait un salaire de 7000 dollars par mois avant la crise, somme réduite de moitié depuis. Femme seule, elle se battait pour garder sa maison. Depuis des mois, elle essayait de rencontrer son conseiller bancaire qui était aux abonnés absents. Là, elle jouait son va-tout. Une heure après, on la voyait ressortir, sourire aux lèvres, elle avait pu renégocier son prêt ... en l'étalant sur 20 ans ! En somme, la banque lui faisait une fleur alors qu'en réalité, pour le même montant prêté, celle-ci  allait s'enrichir  davantage en allongeant la durée des traites. Hier, nous avions rendez-vous avec notre conseiller bancaire pour un prêt immobilier. Nous sommes de bons clients, même si chez nous seul mon mari touche des revenus de son travail, la crise m'ayant personnellement atteinte en me privant des miens. Mais bon, nous avons vendu notre appartement rennais et avons donc un petit pécule en guise d'apport. Nous discutons taux, durée et assurances. Et puis, sans rire, notre banquier nous parle de la garantie d'emprunt. En gros, un organisme se porte garant pour nous, moyennant finances évidemment, pour que, en cas de coup dur, la banque retrouve ses billes. J'ai réfléchi et lui ai fait remarquer que je trouvais fort de café (pas en ces termes-là) que la banque, non contente de nous prêter de l'argent moyennant intérêts et principal, comme aurait dit La Fontaine, ne prend aucun risque ! Il l'a admis poliment. Franchement, banquier, n'est-ce pas un job de rêve ?       

mercredi 1 décembre 2010

Aux sombres héros de l'amer

Ce matin, j'ai mis sur mon "mur" un clip de la chanson de Noir Désir, "Le vent nous portera". J'ai une affection particulière pour cette ballade qui me touche sans que je puisse m'expliquer pourquoi. En introduction, j'ai ajouté une note pour exprimer mon état d'esprit qui disait ceci : "Allez, une dernière fois avant que le vent ne les emporte..." Deux minutes après, un premier commentaire me rappelait de ne pas oublier Marie Trintignant. Je m'y attendais mais je me suis tout de suite sentie vaguement coupable. Coupable d'aimer une chanson, d'avoir envie de la faire partager, coupable d'avoir suivi  depuis leurs débuts un groupe de potes de mon âge et de les avoir aimés, coupable de me sentir un peu triste de les voir se saborder. Je n'étais pas la seule de toute évidence. Un "homme sage" de mes amis a renchéri aussitôt par ce commentaire : "Depuis le décès de Marie, quelque chose était définitivement brisé. J'avais même honte d'éprouver du plaisir à réécouter le groupe...". Ceci m'a alors inspiré la réflexion philosophique suivante : doit-on juger l'œuvre d'un artiste à l'aune de sa vie ? Récemment, à la radio, j'ai appris qu'en Israël, Wagner était banni du répertoire classique du fait de ses prises de position notoirement antisémites et au prétexte qu'il était considéré comme le compositeur des nazis. Pourtant, en juillet 2001 à Tel-Aviv, Daniel Barenboïm n'a pas hésité à diriger  le Staatoper de Berlin dans un extrait de "Tristan et Iseult". Faut-il refuser de lire "Voyage au bout de la nuit" parce que Céline était franchement collabo et se disait lui-même ennemi numéro un des Juifs ? Et faut-il ne voir dans ses nombreux admirateurs que des gens qui partagent ses thèses ? Absurde, évidemment. Pour en revenir à Noir Désir, je crois que la mort de Marie T. sous les coups de Bertrand Cantat a choqué l'opinion publique à bien des égards. D'abord, parce que sa famille bénéficiait d'un capital de sympathie, elle-même était belle et sa voix cassée nous envoutait, avec Jean-Louis, son père, elle sublimait la relation père-fille dont nous rêvons toutes, et enfin, parce qu'elle était mère de quatre enfants. Par sa mort violente, elle a incarné d'une certaine façon ces violences insupportables faites aux femmes. Forcément insupportables. Pas facile dans ce contexte d'avouer que, quelle que soit la faute de son chanteur, Noir Désir va nous manquer. 

lundi 15 novembre 2010

Ne les oublions pas


A la bibliothèque de mon quartier, j'ai découvert un magazine pas comme les autres. Son titre est déjà une promesse, "Le festin", et tout son contenu sur papier glacé, une ode au bien vivre, bien manger et bien boire, des bords de la Garonne aux confins de Pyrénées. Pour son vingtième anniversaire, la rédaction a suivi quelques chefs régionaux chez eux, dans leurs cuisines ou chez des proches. C'est ainsi que, grâce à Jean-Marie Amat, nous nous sommes invités à la table de Jean-Paul Kauffmann dans les Landes, au cœur de l'été, le temps d'un déjeuner à la campagne. On l'avait un peu perdu de vue, Jean-Paul Kauffmann, il a su se faire discret, publiant un livre de temps en temps, fuyant les journalistes, son ancienne famille, et la vie parisienne pour vivre désormais une retraite paisible. Dans un petit livre dont je recommande la lecture, "La maison du retour", il raconte comment il s'est reconstruit en même temps qu'il rendait à la vie une vieille demeure endormie depuis la Libération. Curieusement, j'ai été touchée de le voir heureux sur ces images, assis à un bout d'une lourde table en bois dressée sous les tilleuls, en maître de maison entouré de sa famille et de ses amis, bon vivant, aimant la bonne chère et les bons vins. Les jeunes générations ne l'ont pas connu, beaucoup d'entre nous  l'ont sûrement oublié mais pourtant, rappelez-vous, c'était au milieu des années 80. Sur nos écrans de télévision, quatre visages nous regardaient jour après jour. Les otages du Liban, les premiers à avoir été médiatisés : Carton, Fontaine, Kauffmann et Seurat. Je ne me souviens pas des détails, juste du chiffre effarant qui chaque jour venait nous rappeler leur odieuse situation d'otage, celui du nombre de jours depuis le début de leur captivité. Le passage du 1000ème frappait l'imagination et venait nous bousculer dans notre quotidien. Jean-Paul Kauffmann est resté trois ans otage au Liban, il a réapparu le 4 mai 1988 avec ses compagnons d'infortune, Marcel Carton et Marcel Fontaine, sur l'aéroport de Villacoublay, fêtés en héros. Michel Seurat, lui, n'est jamais revenu. Et puis, aussi horrible que cela puisse paraître, les enlèvements d'otages se sont banalisés, le Liban a été remplacé par l'Irak ou l'Afghanistan, et nous nous sommes habitués à voir sur nos écrans ou sur les banderoles géantes des mairies des visages si familiers qu'on finit par les oublier. Pour une Ingrid Betancourt ou une Florence Aubenas peut-être plus emblématiques que d'autres, qui se souvient aujourd'hui de Philippe Rochot, Georges Hansen, Aurel Cornéa, Jean-Louis Normandin, Roger Auque, ou Maryse Burgot ? Qui se souviendra demain de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière ? Non, ne les oublions pas.

vendredi 24 avril 2009

Rédemprice en chef

D'accord, je cours un risque en m'attaquant à une telle icône. La dernière fois que je me suis aventurée sur ce terrain miné, je me suis pris un commentaire façon scud que j'ai dû supprimer tant il était hargneux. Petite précision, ce n'est pas à cause de son agressivité que je l'ai censuré mais de l'anonymat de son auteur ; je n'aime pas les lâches. Donc, je me lance. Je savais que Ségolène R. connaissait son catéchisme sur le bout des doigts mais j'ignorais que sa prière préférée était l'acte de contrition. Prendre la ferme résolution de ne plus offenser les africains, les espagnols, etc., au nom de la France, là, elle est vraiment trop forte. Jeanne d'Arc, sors de ce corps ! En plus, si elle veut occuper le terrain médiatique jusqu'en 2012, demander pardon à chaque bourde de notre président va lui assurer un job à plein temps. Chapeau, l'artiste, expier les pêchés que d'autres ont commis, il fallait y penser.
On la connaissait pasionaria et on la savait déjà douée de bravitude. Je me souviens d'une époque où je ne sais plus quel éditorialiste l'avait comparée à la chèvre de Monsieur Seguin. C'était au lendemain d'une défaite de la gauche aux législatives et elle s'était retrouvée seule sur un plateau de télé, face à un parterre de vieux bar(b)ons de la chiraquie. Il fallait un certain courage et déjà, elle n'en manquait pas. On comprend que malgré ses twin-sets pastels et ses jupes en tweed, un vieux briscard comme Mitterrand ne pouvait que l'avoir repérée au milieu de tous les sous-sous-chefs de cabinets fournis par l'ENA chaque année. J'arrête là le panégyrique de la dame car j'aurais juste un reproche à lui faire. A chaque nouvelle séance d'auto-flagellation par procuration, elle donne une occasion à cet insupportable Frédéric L., porte-parole de l'UMP, de nous réciter son credo (in Unum Deum)...


dimanche 12 avril 2009

Crise de foi

Chaque année, notre grand journal régional (plus gros tirage de France) nous ressort le même marronnier : les baptisés de la veillée (ou Vigile) pascale. En cette Pâques 2009, ils sont 26 rien que dans le département à demander le baptême. Ils ont entre 16 ans et 45 ans, viennent de tous les milieux sociaux, vivent seuls ou en couple, ont parfois des enfants et leurs motivations sont souvent très différentes. J'ai personnellement fait partie d'une équipe qui, pendant deux ans, a accompagné une jeune femme pendant la préparation de son baptême, et je dois dire que ça a été pour moi une formidable aventure humaine. Dérangeante souvent car elle oblige à réfléchir à sa propre foi et à la façon dont on la vit au quotidien, mais passionnante. C'était en 2005, le prêtre qui m'avait proposé cette expérience était un homme bien et la religieuse alors en charge du catéchuménat des adultes, une femme formidable. Je l'ai croisée d'ailleurs récemment, elle est à présent aumônière de la prison des femmes de Rennes où, inlassablement, elle porte le même message d'amour. Quant à la "baptisée", c'était aussi une personnalité attachante, à qui la vie n'avait pas fait de cadeaux et, même si nous nous sommes un peu perdues de vue, je pense souvent à elle avec tendresse. Pourtant, si l'on me proposait de refaire ce chemin aujourd'hui, je dirais non. Vendredi soir, je suis allée à la messe du Vendredi Saint et j'en suis partie avant la communion, et aujourd'hui je ne suis pas allée à la messe de Pâques. En fait, je suis en colère contre "mon" Église et je ne m'y sens plus à ma place. J'en ai assez de toute cette hypocrisie. L'autre soir, pendant la prière universelle, le récitant appelait la bénédiction du Christ sur toutes les victimes des grandes épidémies de par le monde. J'ai cherché les regards de mes voisins. Combien en cet instant pensaient comme moi au Pape et à ses propos sur le sida ? Entendu sur Inter que les chrétiens vivaient mal cette Pâques. En 2009, en France, demander le baptême a-t-il encore un sens ? Je n'ai pas la réponse.

samedi 21 mars 2009

Habemus Papam, hélas...

Urbi et Orbi, je vous le dis : en tant que chrétienne et pratiquante bien que moins assidue qu'il y a quelques années, je refuse de continuer à être représentée par un Pape avec lequel je suis en total désaccord. Qu'il m'excommunie, qu'il me voue aux gémonies mais que cesse cette hypocrisie ! Ma voix isolée peut prêcher dans le désert, si nous sommes nombreux à manifester notre désaccord, peut-être pourrons-nous changer les choses ? Je trouve bien que des hommes politiques comme Alain Juppé qui se dit lui-même "attaché aux valeurs chrétiennes", montent au créneau pour dénoncer l'autisme du souverain pontife. Quand Benoît XVI a succédé à Jean-Paul II, dont les prises de position surtout vers la fin de son sacerdoce frisaient déjà ce même autisme, il ne m'avait pas échappé qu'il était le Cardinal Ratzinger. En tant que gardien de la Doctrine de la Foi, il était déjà le chef de file des conservateurs du Vatican. Penser qu'il allait s'amender en devenant pape aurait été illusoire. Tout ce qu'on pouvait se dire, c'est qu'à 78 ans et malade, il ne serait qu'un pape de transition, et se garderait de produire trop d'encycliques. Las, rappelons les faits. Il crée d'abord la polémique en annonçant la levée de l'excommunication de quatre évêques intégristes dont le Britannique Mgr Richard Williamson, négationniste de la Shoah, rien que ça. Puis, il y a l'affaire de l'excommunication au Brésil de la mère de cette fillette de 9 ans (!), enceinte de jumeaux à la suite d'un viol et des médecins qui ont pratiqué l'avortement. Le viol sur enfant (l'inceste dans ce cas) est moins grave que l'avortement thérapeutique ! Je sais, ce n'est pas le Pape qui a prononcé l'excommunication mais le Vatican a soutenu l'évêque brésilien qui en était responsable. Là, j'étais déjà révoltée et voici que survient les déclarations aussi dangereuses que fausses sur le préservatif et sa soi-disant responsabilité dans la propagation du virus du sida. Trop c'est trop. Où est le message d'amour du Christ, là-dedans ? L'Eglise Catholique a déjà fait beaucoup de mal dans les siècles passés au christianisme. J'aurais espéré qu'au 21è siècle, elle soit mieux inspirée. Jésus a dit : "Heureux les affligés car ils seront consolés". Maigre consolation ...