jeudi 11 juin 2009

Une vie (I)

Le 13 juin 1934, dans une solide bâtisse surplombant la Nive, un beau bébé pose pour la première fois son regard bleu sur le monde qui l'entoure. La maison familiale maternelle où il naît se situe juste avant le pont qui sépare Ispoure de sa fière voisine Saint-Jean-Pied-de-Port, dernière étape avant les Pyrénées sur la route de Compostelle. Ispoure ne verra pas longtemps grandir le petit Dominique, prénommé ainsi comme tous les aînés de la famille du côté de son père. C'est en effet dans une autre province basque, la Soule, berceau de sa famille paternelle, que Dominique va passer toute son enfance. Son père, Pierre, petit dernier d'une famille de 13 enfants, est cheminot, sa mère, Marie-Anne, reste à la maison. Deux ans et demi après lui, naît un deuxième garçon, Jean. Son grand-père est instituteur et secrétaire de mairie d'un village montagnard de 450 âmes au nom rocailleux, Aussurucq. C'est là que la famille s'installe lorsque la guerre éclate. Selon la légende locale, les Allemands n'atteindront jamais ce petit village souletin. Un pont en contrebas que les résistants ont opportunément fait sauter, les aurait empêchés de poursuivre leur avancée... On vit chichement mais entre paysans, on s'entraide. Une tante tient aussi le débit de boisson, tabac, épicerie du village, et c'est la marraine de Dominique, son préféré. Les enfants ne parlent que le basque, jouent au fronton et dans les champs, leurs journées seulement ponctuées par les passages obligés à l'école et à l'église. Après la guerre, la famille s'installe à Mauléon, le chef-lieu de canton, où Marie-Anne travaille un temps à la fabrique d'espadrilles. Dominique et Jean vont au collège Saint-François. Un jour où il se bagarre avec un de ses camarades, un professeur en soutane intervient, sépare les deux garnements en les tirant par les oreilles, et les admoneste : "Vous n'avez pas honte, vous êtes cousins !" Dominique et Simon E., même nom mais originaires de deux vallées différentes, ne se connaissaient pas. A 16 ans, brevet en poche, Dominique part à Bordeaux vivre chez une sœur de sa mère. Il travaille comme serveur au marché des Capucins, le "ventre de Bordeaux". Il se lève tôt, travaille très dur, et rêve d'ailleurs. Il décide alors de s'engager dans l'armée. Il a 19 ans, sa vie d'homme commence.
(à suivre)

4 commentaires:

Marie-Ange a dit…

Je vais suivre avec un grand plaisir la suite de ce récit magnifique ...
Je t'embrasse fort.
Marie-Ange

bricol-girl a dit…

je ne sais pas pourquoi mais je sens comme un vent de tristesse qui va souffler sur ton récit...

Mlle W. a dit…

Mais tu blogues plus vite que ton ombre....j'ai une idée sur l'identité du petit mais...je vais vite lire la suite....

Chasse Spleen a dit…

Il ne le dira pas. En tous cas pas ici. J'ai envie de te dire pour lui. Et pour moi. Merci