vendredi 12 juin 2009

Une vie (II)

En 1954, Dominique embarque pour le Maroc, puis ce sera l'Algérie. Une drôle de guerre qui ne dit pas encore son nom le rattrape comme tant de jeunes gens de cette génération. Mais lui s'est engagé, il est caporal. La vie joue de drôle de tours. Lui, le jeune Basque qui aurait pu passer sa vie au pays, va rencontrer le grand amour en Oranie où son régiment est cantonné.
Elle est brune, pleine de charme et c'est la fille de la libraire-buraliste. Dominique est toujours partant pour aller acheter les cigarettes de toute la section... La jolie brunette n'est pas libre, elle est fiancée à un ami d'enfance mais lui comme elle sont très vite sûrs de leur amour.
Avant de repartir, Dominique obtient de Pierrette la promesse qu'elle l'attendra, et c'est ce qu'elle fera après avoir rompu ses fiançailles. En octobre 1956, quand ils se marient, ils réalisent qu'ils ont en tout et pour tout passé un mois à "se fréquenter". Mais la guerre est là qui n'attend pas. Dominique doit repartir, laissant sa jeune femme bientôt enceinte de leur premier enfant.
Le 15 août 1957, Dominique est en permission mais trop loin pour rejoindre sa femme. Il décide de partir en goguette avec trois copains dans la 2 CV de l'un d'eux, Raymond T. Au moment de monter dans la voiture, Dominique aperçoit un curé en soutane. Et, à la stupéfaction de ses copains, il décrète que c'est le 15 août et qu'il n'a jamais raté une messe ce jour-là. Les copains ont beau insister, se moquer de lui, rien n'y fait, son crâne de Basque est aussi dur que les cailloux charriés par le Gave de Mauléon. Il renonce à la virée.
Dans la soirée, il apprend que les copains sont tombés dans une embuscade dont ils n'étaient pas la cible mais les infortunés témoins, des victimes collatérales comme on dirait aujourd'hui... Aucun n'échappe au massacre. La Sainte Vierge y est-elle pour quelque chose ? Dominique ne veut pas le savoir, il est trop malheureux, mais ce dont il est sûr c'est qu'il ne manquera jamais plus aucune messe du 15 août.
A l'autre bout de l'Algérie, une petite fille qui n'est pas encore née ignore qu'elle a failli ne jamais connaître son père...
(à suivre)

6 commentaires:

heure-bleue a dit…

Je ne crois pas aux miracles mais le hasard fait parfois bien les choses...

Bérangère a dit…

le prénom...oh le prénom....c'est sût c'est lui !

incertaine a dit…

Je comprends qu'il n'ait plus jamais manqué une messe de 15 août...
Je me suis toujours demandé dans quel état d'esprit on se trouve après avoir échappé de si peu à la mort. Je suppose que quelque chose est changé tout au fond de soi.
C'est un bien joli texte.

Homo Sapiens a dit…

Nos vies sont des romans extraordinaires...

Chasse Spleen a dit…

bon anniversaire

bricol-girl a dit…

Coïncidence, hasard, chance, la vie réserve bien des surprise quand elle complote derrière notre dos. Vite la suite!