mercredi 16 mars 2011

L'honneur japonais

Après deux billets à connotation politique, je m'étais juré que le prochain serait plus léger. Mais comment continuer à faire comme si de rien n'était quand le Japon est touché de plein fouet par une catastrophe qu'on pressent comme étant l'une des pires de notre époque. Je ne sais pas vous mais moi je me sens comme au lendemain du 11 septembre. Je n'arrête pas de lire compulsivement les dépêches sur Internet et de regarder toutes les infos à la télé. Encore que de ce côté là, on est déjà passé à autre chose, le débat sur le nucléaire en France. Alors que les Japonais restent dignes après avoir subi à la fois l'un des plus forts tremblements de terre de tous les temps, un tsunami dont les victimes se comptent par dizaine de milliers et sont sous le coup d'une menace nucléaire majeure, nos compatriotes se précipitent dans les pharmacies pour faire provision de pastilles d'iode ! Quand cessera-t-on de se regarder le nombril dans ce pays ?  En Inde, nous étions quelques femmes d'expat à nous rencontrer chez l'une ou chez l'autre une fois par semaine pour discuter de différents sujets pendant une heure en anglais puis une heure en français. D'abord constitué de Françaises, de Britanniques et d'Américaines, notre groupe de "franglais" s'était peu à peu élargi à une Indienne, une Italienne et deux Japonaises, toutes éprises de notre langue. L'une d'elles était ma voisine et je regrette de ne pas l'avoir mieux connue car elle est arrivée peu avant que je ne parte. Depuis vendredi, je n'arrêtais pas de penser à elle et ce matin, je l'ai contactée. Je la savais toujours en Inde mais sûrement inquiète pour sa famille et ses amis restés au pays. Elle m'a répondu qu'en dehors de son frère qui vit à Tokyo, le reste de sa famille est à Kobé. Et de me rappeler que c'était là qu'il y a 15 ans s'était produit déjà un terrible tremblement de terre. Elle m'écrit qu'étudiante, elle est restée un mois sans pouvoir retrouver ses parents car les liaisons en train entre la ville où elle étudiait et Kobé avaient été coupées. Quand je suis arrivée, dit-elle, c'était comme s'il y avait eu la guerre. Et de rajouter, pourtant celui que nous venons de vivre est 140 fois plus fort. Dire que les médias français prétendent que les autorités japonaises minimisent l'ampleur de la catastrophe. J'ai une analyse un peu différente, je crois plutôt que ce sont les Japonais qui nous donnent une leçon de courage et de dignité.
Au moment où je termine d'écrire ces lignes, je tombe sur cet édito  : L'honneur des Japonais

11 commentaires:

bricol-girl a dit…

Comme toi je vis à l'heure du Japon, horrifiée par les images. La terre se révolte contre notre maltaitance.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Tu ne crois pas que cette histoire de pastille d'iode est un truc journalistique pour faire mousser un peu plus leur audience. Il faut bien qu'ils trouvent des trucs à dire depuis le temps qu'ils nous passent en boucle les mêmes images. Je ne connais personne qui se soit inquiété de sa propre santé. Ce que j'entends autour de moi sont plus des paroles de compassion pour les japonais. Que le débat sur les énergies renouvelables soit relancé n'a rien de négatif non plus, tu ne trouves pas ? L'un n'empêche pas l'autre. Y réfléchir n'empêche pas l'admiration pour ce peuple qui est si digne, n'empêche pas de les aider non plus.

Marie-Ange a dit…

Tu vois Ppn, rien ne laissait prévoir un tel désastre, tant de souffrances ...
Pourquoi ne pas essayer d'aider le plus et le mieux possible au lieu de céder à la peur du lendemain !
J'espère que tout mon coeur que le Japon martyrisé retrouvera la Paix.
Je t'embrasse
Marie-Ange

le bord doré des nuages a dit…

mon coeur saigne pour ce peuple que j'aime tellement, je reste pétrifiée devant les informations que nous reçevons, tu as raison... comme au moment du "11 septembre" je t'embrasse.béa

La petite poule noire a dit…

@ Valérie, je ne sais pas si les journalistes sont les seuls responsables de cette dérive médiatique. Je suis d'accord avec toi que le débat sur le nucléaire doit être relancé. Encore que quand on sait que 80% de notre énergie en dépend, je crains qu'on ne mette des années à s'en désengager. Ce qui me gène c'est la rapidité avec laquelle le drame japonais est passé en second plan. Pensons à eux avant de penser à nous. Quant aux pilules d'iode, j'entendais sur Inter ce matin que les allemands aussi ont commencé des réserves et que les américains étaient déjà en rupture de stock ! Cette parano occidentale selon moi est à mettre en parallèle à la dignité orientale.

Brigitte a dit…

J'ai vu hier une dame âgée s'occuper de sa mère de 104 ans dans un gymnase froid , ça nous fait redevenir humble face à tant de souffrances physiques et morales , mais je pense aussi à l'état de Californie qui a construit une centrale sur la faille sismique et en bord de mer , pour moi , c'est incompréhensible !

marie-madeleine a dit…

J'admire aussi la grande dignité et la pudeur de ce peuple dans la souffrance.

Moukmouk a dit…

Merci... l'utilisation du vocabulaire est très très culturelle. La débauche et l'enflure verbale de nos médias est souvent indécente, ce qui les empêche d'avoir les bons mots quand le vrai désastre se produit.

Hermione a dit…

Finalement on reste sans voix... Je crois que le plus mauvais scénariste de film catastrophe n'aurait pas osé imaginer un tel scénario. Une collègue m'a dit qu'elle avait du mal à dormir... mais c'est parce qu'elle a peur pour elle. Non, il n'y a pas de mots...

liwymi a dit…

Reportage commun aux deux JT de 20h00, qui illustrent ce que tu écris : question essentielle pour le téléspectateur français, les pdts d'importation japonais risquent-ils d'être contaminés ?

J'ai longtemps eu une vision optimiste de l'avenir du monde. Pour moi, on allait vers un mieux. Economiquement, humainement, socialement... Lentement, et avec des retours en arrière ponctuels, mais on y allait.
Je me demandais l'autre jour quand ce sentiment s'était renversé. En lisant ton billet, j'ai pu dater ce revirement : c'était le 11 septembre 2001.

Lilie a dit…

Pas de pillages, de fuite désordonnée, de cris, de manifestations de mécontentement. Les Japonais sont beaux dans leur douleur.
Qu'en serait-il de la réaction des Français (et Européens en général) si une catastrophe à moitié aussi grave se produisait ?
Quant au nombrilisme ambiant, je crois que ton article sur la stigmatisation parle de lui-même :-(