lundi 28 juillet 2008

Les liens du mariage

Samedi matin, mon mari est allé acheter Le Monde qu'il n'a pas trouvé en kiosque, il a donc rapporté Libé. Le dossier du week-end portait sur les mariages forcés qui connaissent une recrudescence l'été. Ils feraient 70000 victimes en France, décompte jugé improbable par un des témoins car il signifierait qu'une jeune fille sur deux issue de l'immigration serait concernée. Selon elle, ce chiffre devait inclure les mariages "arrangés" dont certains, heureusement, sont consentis. Cet article a fait écho en moi à un vieux souvenir que je croyais enfoui au tréfonds de ma mémoire. C'était il y a 30 ans, je préparais un BTS de tourisme à Bordeaux. Nous étions une promo de 22, dont deux Tunisiennes venues dans le cadre d'un partenariat entre notre lycée et le ministère du tourisme à Tunis. Elles s'appelaient Radhia et Houda, et j'avais une préférence pour cette dernière. Elle n'était pas très grande, toute menue, et dans son visage rond et lumineux, deux grands yeux bruns ourlés de longs cils riaient tout le temps. C'est elle qui m'a fait découvrir le maquillage au khôl. Rhadia et elle vivaient comme n'importe quelle étudiante, elles bossaient, faisaient la fête et avaient même des copains rencontrés en Cité U. Quand les deux années se sont terminées, chacun est reparti de son côté et j'ai un peu correspondu avec Houda. Je me souviens de sa dernière lettre : "C'est affreux, on veut me marier !". Je n'ai plus trop les détails en tête, le temps a passé, mais il me semble que son père et sa mère n'avaient pas le même prétendant en vue, et qu'elle comptait sur cette zizanie pour gagner du temps. J'ai dû lui répondre et puis, plus rien. Quatre ans après, je gagnai lors d'une tombola, une croisière en Méditerranée pour deux personnes, et je décidai d'emmener ma mère. En escale à Tunis pour quelques heures, nous entrâmes dans un bureau de poste et je me mis à rechercher la trace de ma copine dans l'annuaire téléphonique. Elle avait un nom courant, El Abed, et je devais avoir soit une adresse, soit l'initiale d'un prénom, car je me rappelle avoir passé quelques coups de fil. En vain. Plus tard, avec l'arrivée de Google, j'ai essayé encore de la retrouver, mais là aussi sans résultat. J'ignore si elle a pu exercer le métier pour lequel elle s'était préparée. Je suppose qu'elle doit être mère et probablement grand-mère aujourd'hui. Je ne sais pas grand chose de sa vie mais je doute qu'elle l'ait complètement choisie...
PS : Cette superbe photo a été empruntée à Louise Weiss

2 commentaires:

heure-bleue a dit…

Nous avons déjà du mal à choisir la notre, la vie ne nous fait pas toujours de cadeau alors imagine la sienne...

Ppn a dit…

C'est aussi ce que j'ai pensé en écrivant ma dernière phrase...