
Que ne faut-il faire pour avoir l'esprit
corporate* ! Dans une précédente vie professionnelle, j'ai eu droit à théâtre et vélo dans le Lubéron et karaoké sur une péniche remontant la Seine. A l'agence, nos patrons ont eu l'idée d'organiser une soirée conviviale dans un esprit très
teambuilding*. Parmi les propositions qui ont fusé (moi j'avais suggéré soirée à l'Opéra : un bide), c'est le karting qui a gagné. Et c'est comme ça que nous nous sommes retrouvés en combinaison rouge, charlotte et casque intégral, toute l'équipe moins un objecteur de conscience qui avait refusé tout net de participer à un sport qui troue la couche d'ozone (en l'occurrence, vu qu'on était à l'intérieur, c'est plutôt nos poumons qu'on perforait). Pour la grande sportive que je suis, l'expérience s'annonçait captivante. D'autant que l'animateur qui nous accueillait nous prodiguait tout un tas de recommandations et ça n'avait pas l'air de rigoler. Je suis donc montée dans ce baquet sur roues qu'il a démarré comme une tondeuse à gazon, en essayant de me remémorer les consignes : ne pas freiner et accélérer en même temps, et suivre le drapeau. Zut, c'est le jaune pour s'arrêter et le bleu pour se faire doubler ou l'inverse ? On a eu droit à dix minutes pour apprendre à dompter la bête et à reconnaître les chausse-trapes du circuit, puis retour à l'écurie. Là, notre jeune homme sérieux avait l'air de s'ennuyer ferme vu que notre petit groupe se l'était plutôt joué deudeuche sur une départementale que MacLaren aux 24 heures du Mans. Aux essais, c'était un peu mieux, la moitié avait fait moins d'une minute à son meilleur chrono, les initiés comprendront. Pour ma part, j'avais fait 1'02 et une seule tête à queue, ça m'allait côté sensations fortes. Si on s'était arrêté là, ç'eut été parfait, mais il y avait LA course. Erreur funeste, nous avons fait une pause conso (comprise dans le forfait), et j'ai fait la bêtise de tremper mes lèvres dans un kir pêche. Boire ou conduire, il faut choisir, j'aurais dû m'en souvenir. Bref, nous sommes remontés en selle dans l'ordre du classement, le premier en pole position, les autres à sa suite et moi avant-dernière. Les dix ou douze premiers tours, ça allait et puis d'un seul coup, j'ai eu froid, j'ai eu chaud et j'ai commencé à avoir franchement le tournis et à ne plus m'amuser du tout. Je n'avais qu'une idée en tête que le drapeau à damiers s'abaisse mais il fallait pour ça que le premier passe la ligne d'arrivée au bout de 25 tours. Je ne voulais pas abandonner avant, j'ai ma fierté quand même. Pour finir, j'ai fait la bêtise d'enlever mon casque ce qui m'a valu un rappel à l'ordre dans le micro, en le remettant j'ai fait tomber mes lunettes au fond du baquet, et j'ai loupé la sortie ! Heureusement, plus personne ne faisait attention à moi tant ils étaient tous occupés à vérifier leurs temps et se congratuler. Au classement, l'honneur de la Direction était sauve, les deux boss étaient sur le podium, seul un jeune développeur inconscient s'étant glissé entre eux. Perso, on ne m'y reprendra plus mais pour les curieux, j'ai tout filmé...
* Désolée pour le jargon anglais mais les DRH vous le diront, en français, il n'y a guère d'équivalent.