samedi 20 septembre 2008

Les cheveux en quatre

Du linge à repasser et me voilà regardant distraitement d'abord, puis littéralement scotchée, un reportage sur Arte*. Tout est parti d'ateliers d'écritures dans l'enceinte du CIFAP, un grand centre d'apprentissage de la coiffure en région parisienne. Fasciné semble-t-il par ce qu'il a vu et entendu, l'écrivain François Bon y retourne avec un documentariste. Cela donne 50 minutes de pur bonheur qui change à jamais le regard que vous portez (ou plutôt oubliez de porter) sur ces jeunes gens et jeunes filles qui vous massent le cuir chevelu ou vous apportent votre café quand vous êtes chez le coiffeur. Il y a là Claire qui se destine à la coiffure après son grand-père et sa mère avant elle, laquelle ne rêvait pas de ça pour elle car c'est un métier jugé "dégradant" par beaucoup. Elle, elle ne le voit pas comme ça et elle le dit calmement en sirotant son café, elle est venue à la coiffure par goût, elle a même abandonné le dessin pour ça. Une autre est désespérée car une allergie aux produits lui a esquintée les mains, et depuis trois semaines elle reste chez elle, suspendue à la décision de la médecine du travail. Ce sont les trajets en bus avec les copines qui lui manquent le plus. Car il s'agit avant tout des jeunes de 17 ans, à peine sortis de l'enfance et se frottant déjà à la dure réalité du monde du travail, tôt levés, alternant l'école, l'apprentissage et le salon. Ils mettent des mots sur leur maux, eux qui sont souvent le réceptacle de bien des confidences, de brimades parfois, et l'on rit de se voir épinglées, nous les clientes, avec nos "c'est trop chaud, c'est trop froid, un sucre dans mon thé, merci mademoiselle". Ils racontent leurs doutes, leurs joies et leur complicité avec leurs têtes à coiffer, ces doubles d'eux-mêmes qu'ils font parler pendant les ateliers : " elle est à moitié barge avec sa brosse, elle me met des coups sans arrêt avec, ça fait mal, et en plus elle m’arrache les cheveux quand elle s’énerve". Enfin, il y a Johnny, sorte de Pierrot blanc avec son survêtement immaculé et sa crête blonde sur la tête, touchant quand il évoque ses années collège à Drancy où on lui avait fait une "réputation", et ses échecs scolaires à répétition avant de trouver sa voie. Il est là dans son Hollywood à lui, cette galerie commerciale de Parinor où, enfant, il adorait venir le week-end courir dans les allées. Il semble arrivé au firmament, apprenti-coiffeur pour dames chics avec qui il faut surveiller son langage. Décoiffant, je vous dis.
* Rediffusion le 21/09 à 13 h

8 commentaires:

bricol-girl a dit…

Je me ferai décoiffer lors de la rediffusion.

B a dit…

F.B est un type génial en plus d'être un écrivain talentueux>. Il a été le premier à ouvrir des ateliers d'écriture en milieu carceral, là aussi c'était décoiffant..... Il recèloe une véritable humanité logée du côté du coeur ne cherchant pas son meilleur profil pour la prise de vue...

heure-bleue a dit…

A Paris, y a une école de coiffure, tu peux te faire coiffer, j'ai essayé une fois (je déteste aller chez le coiffeur), je ne recommencerai jamais, ceux qui sont là par choix ne sont pas nombreux...

Brigitte a dit…

Quand je vais chez la coiffeuse , je préfère lire les magazines et le bavardage m'ennuie , mais j'ai de la chance , les coiffeuses ne se critiquent pas au dessus de nos têtes ( déjà expérimenté ce genre de situation détestable ) .

Pascale a dit…

Merci pour ce beau billet qui donne envie de relire François Bon, voir le documentaire ET aller chez le coiffeur ! (finalement le repassage ça a du bon...)

rêver au sud a dit…

J'ai la même coiffeuse depuis l'âge de 17 ans, on se connaît par coeur et c'est avec le coeur aussi qu'elle prend soin de ma tête ...
C'est une amie, j'aime l'ambiance amicale de son salon, je la préfère mille fois aux "ambiances chics".
Je n'ai pas vu le documentaire, s'il repasse je n'y manquerai pas ...
Bisous et très belle après-
midi.
Marie-Ange

le-gout-des-autres a dit…

Rien à voir avec ta note mais avec ton commentaire chez moi:
Il n'y a que sa thèse, dans sa disserte, elle évite l'antithèse, du coup (j'ai lu l'article en entier) il n'y a pas de synthèse.
Et ses thèses, la première caissière de Carrouf les connaît...

heure-bleue a dit…

Le commentaire de "Katia" ne te vise pas mais vise le Goût, lui aussi regarde "Elle" et il a lu "l'article" de Katia, cette petite chose n'aime pas les critiques..