Nous sommes en novembre, il fait gris et sombre quand nous passons devant la vitrine de cette agence de voyages au nom d'artiste italien. Une affichette attire nos regards : Rome au départ de Bordeaux. On entre. Quelques instants après, nous en ressortons délestés de quelques centaines d'euros mais avec la perspective d'une escapade dans la douceur d'un printemps romain. Sur le moment, ça nous paraît très loin ces ides de mars et puis voilà c'est arrivé, et c'est déjà fini. On est venus, on a vu, on n'a rien vaincu, surtout pas la fatigue de nos pieds qui ont arpenté la ville éternelle dans tous les sens. Pour l'émotion artistique, mieux vaut se laisser guider par son inspiration, entrer dans une église et y découvrir un (ou plusieurs) Caravage de toute beauté plutôt que de suivre les circuits balisés. La Chapelle Sixtine par exemple. Qui n'en a pas rêvé ? Échaudés par l'expérience de Florence où nous n'avions pas pu voir la Galerie des Offices (quatre heures de queue !), j'ai pris le temps cette fois de réserver l'entrée des Musées du Vatican sur internet. Las ! Si vingt minutes à peine nous suffisent à pénétrer dans la première salle, nous n'y sommes pas tous seuls. La Chapelle Sixtine donc. Imaginez la Gare Montparnasse un jour de grands départs en vacances, pareil. Des centaines de personnes, tête en l'air scrutant le fameux plafond de Michel Ange à la recherche de la main de Dieu touchant celle de l'homme. Des grappes d'humains se mettant en scène sur la photo souvenir, celle qu'ils montreront plus tard pour dire j'y étais. Quelle déception ! Juste l'envie de se plonger dans un livre et d'y retrouver tous les détails qui nous ont complètement échappés sur le moment. Trop de parasitage. La Basilique Saint-Pierre, en revanche, que du bonheur ! On se sent écrasés par sa grandeur, happés par tant de beauté, gagnés par la ferveur du lieu, que l'on soit croyant ou pas. Mais Rome, comme toutes les villes d'Italie, c'est avant tout une ambiance, cette atmosphère si particulière, mélange de dolce vita et de raffinement. Les boutiques, le moindre musée, les innombrables églises, les placettes et leurs terrasses pleines dès les premiers rayons de soleil, la cuisine, le vin, tout est une invitation au beau, un régal des sens. Sans parler des Italiens. A la terrasse du Caffè delle Arti en lisière du parc de la Villa Borghese, je les observe fascinée. Élégants, le verbe haut, les mains aussi éloquentes que les mots, et je pense alors à ce qu'en disait Cocteau : "Les Italiens sont des Français de bonne humeur"...
Grands petits riens.
Il y a 16 heures