
Enfin, ce soir, le grand face à face télévisé devrait peut-être m'aider à y voir un peu plus clair. On attend paraît-il vingt millions de téléspectacteurs, mieux qu'une finale de Coupe du Monde de football. Toujours ça de gagné !
Si l'on m'avait dit, il y a une semaine seulement, que je serais chez moi aujourd'hui au lieu d'être à Alger, je ne l'aurais pas cru. De tous les voyages que j'ai faits dans ma vie, à titre privé ou professionnel, aucun n'a jamais été annulé. Aucun ne m'a tenu autant à coeur non plus. Pourtant, je suis là, victime d'une barbarie moderne qui a pour nom terrorisme mais victime aussi de la frilosité d'une société trop gâtée et trop protectrice, la nôtre.
Mercredi dernier, 11 avril, deux attentats suicides ont frappé la capitale algérienne, faisant 33 morts et 57 blessés. Victimes collatérales, mon mari et moi qui devions partir à Alger, lui samedi et moi dimanche, mais surtout le peuple algérien une fois de plus stigmatisé pour cause de violence. Aujourd’hui, ce peuple est dans la rue pour dire non au terrorisme, et c’est pourquoi j’ai choisi cette photo parue à la une de « El Watan » pour illustrer mes propos. Car la meilleure façon de résister à l’inéluctable n’est-ce pas de continuer à vivre, à aller de l'avant ? Les algériens ont connu une « décennie noire » dans les années 90, où attentats, massacres de civils et répression de l’armée ont fait plus de cent cinquante mille morts. Depuis 2002, le pays sortait la tête de l’eau et ce, malgré un régime politique autiste, une élite corrompue, une jeunesse désabusée et la menace latente d’un extrémisme islamique toujours à l’affût. Entre 2003 et 2006, le PIB a doublé, l’économie - qui repose encore à 97 % (!) sur les hydrocarbures – commençait à se diversifier, les investisseurs étrangers à revenir. La société de mon mari venait d’y gagner un contrat dans la téléphonie mobile et bêtement, je me sentais fière qu’il participe même modestement à ce retour à la croissance. C'est pour voir cela de mes yeux que j'avais prévu de le rejoindre cette semaine. Trois "fous de Dieu" se sont mis en travers de ce projet, et les "ressources humaines" de sa boîte ont fait le reste en s'opposant à notre départ. Nous vivons dans une société où le principe de précaution dirige nos vies. Nous ne pouvons plus fumer dans les lieux publics, les radars nous épinglent si l'on dépasse le 50 km/h en ville, on nous dit ce qui est bon pour nous et ce qui ne l'est pas. Mais n'oublions-nous pas un peu vite que le risque zéro n'existe pas ? En 1995, au moment des attentats du GIA à Paris, nous avons continué à prendre le RER tous les matins pour aller travailler. Devra-t-on demain empêcher nos enfants d'aller étudier dans les universités américaines sous prétexte qu'un forcené peut les mettre en joue ? Hier, en Virginie, c'est pourtant ce qui est arrivé. Une fusillade sur le campus. 33 morts. Autant qu'à Alger.
Depuis le début de la semaine, je suis en deuil. De Loretta Zaccio-Haydn. Qui ça ? Que l'on se rassure, il ne s'agit pas d'une parente proche, juste d'une de mes "créatures" Sims. Disons celle à laquelle j'étais le plus attachée. Même si elle a eu globalement une vie de rêve, Loretta n'a pas été épargnée par les épreuves. Petite dernière d'une famille de trois enfants, son père Ugo avait pris sa retraite pour s'occuper d'elle et elle l’a donc perdu très jeune. Lauren, sa mère, était une députée carriériste qui est morte à 80 jours Sims. Un record ! Loretta a fait de brillantes études à sciences-po et a suivi le chemin tout tracé par sa mère en politique. Elle a gravi tous les échelons pour devenir Madame le Maire de Veronaville et a ainsi eu le privilège d’être la première du quartier à se rendre au travail en hélicoptère ! Sa Porsche jaune ne lui servait que pour faire ses courses. Dans sa vie privée, elle a eu moins de chance. Son premier mari, Sam, un pilote d'élite, a disparu pendant la guerre en Irak (en fait un cheat code mal géré). Elle s'est retrouvée ainsi seule à élever son fils Arpad, heureusement un garçon sans histoires. L'affection de son enfant, la complicité de sa sœur Chiara et les sorties avec ses copines Giulietta et Monica suffisaient à son équilibre. Vers le milieu de sa vie, elle a fait un mariage de raison avec Phileas, un homme d'affaires qu'elle avait vaguement connu à la fac. Ensemble, ils ont acheté une superbe villa californienne "la Dolce Vita". Malheureusement, après quelques années de bonheur sans nuage, Loretta s'est retrouvée à nouveau veuve et a alors proposé à sa petite-fille Saskia de venir vivre avec elle. Surdouée, Loretta, est la seule Sims à ce jour, à avoir maîtrisé toutes ses compétences. Quand elle jouait du piano, elle interprétait la Sonate au Clair de Lune en virtuose, quand elle s’adonnait au yoga, elle parvenait à léviter. Elle pouvait réparer un ordinateur sans provoquer de court-circuit, allumer un feu de cheminée sans mettre le feu (ce qui arrive souvent chez ses semblables) et, bien sûr, c’était un cordon bleu doublé d’une parfaite hôtesse. On parle encore des fêtes qu’elle organisait dans sa maison de rêve ! Bien sûr, elle aurait voulu faire plus. Par exemple, que sa chatte Mrs Butterfly apprenne des tours mais en bonne siamoise capricieuse, celle-ci préférait se prélasser sur son coussin. Loretta a vécu assez longtemps pour connaître son arrière petite-fille Paola et ouvrir une galerie d'art contemporain pour exposer quelques jeunes artistes, laquelle porte désormais son nom. Quand la faucheuse est venue la prendre - à 65 jours Sims seulement - je l'ai vue se débattre comme une diablesse. Raconté comme ça, cela rappelle un peu la vraie vie, non ? Virtuel, vous avez dit virtuel ?