
Cette semaine, j'ai pris rendez-vous avec mon conseiller bancaire afin de régler quelques points avant notre départ pour l'Inde. Je l'avais déjà rencontré. Grand, rond, un physique bonhomme, une main molle, des lèvres pincées, des petites lunettes cerclées, un costume gris. Un banquier, quoi. Je lui dis où nous partons et dans quelles circonstances, et m'apprête à lui expliquer où se situe Hyderabad vu que personne ne le sait ou presque, quand il me dit : "si, si je connais". Et le voilà parti à me raconter ses nombreux voyages en Inde, me décrivant avec des trémolos dans la voix et des lumières dans les yeux, les pêcheurs jetant leurs filets dans l'océan au Kerala, les rues grouillantes de monde à Bombay, les lépreux qui vous tendent leurs moignons à Bénarès, la magie du Gange au lever du soleil, etc. Et moi, en face, je suis ébahie de le voir ainsi s'enflammer. C'est bien la dernière personne que j'imaginais, sac à dos, prenant des trains de 3è classe bondés pour sillonner l'Inde ! Les préjugés nous brouillent souvent la perception que nous avons des autres et cela m'a rappelé une mésaventure qui aurait dû me servir de leçon. Voici quelques années, j'accompagnais un voyage de presse en Arizona et nous étions logés dans un magnifique hôtel de la chaîne Hyatt. La PR (prononcer : pi-ar) qui nous accueillait, semblait sortir tout droit d'une série américaine des années 90, tailleur-pantalon impeccable, escarpins Jimmy Choo, brushing étudié, ongles french-manucurés, bref l'archétype (encore !) de la porte-parole d'un grand groupe hôtelier. Et voilà que se mêle aux journalistes un petit bonhomme en jeans, sweat-shirt à rayures, chaussettes à trois-bandes dans les baskets, bref, tout du
red neck américain, toujours selon mes critères. Il me lance des œillades appuyées et, agacée, je m'apprête à ouvrir la bouche pour lui faire comprendre que c'est
une visite privée espérant qu’il repartira vite à ses occupations de caddy ou d'homme d'entretien. Or voici que l'attachée de presse l'avisant à son tour, l'attrape gentiment par le bras et le présente à la cantonade. C'était le General Manager de ce superbe hôtel ! Personne n'en a rien su mais je n'étais pas fière de moi. Je devrais me répéter plus souvent que l'habit ne fait pas le moine ...