dimanche 14 avril 2013

Dos Gardenias para ti (II)



Irène avait 17 ans, elle était très belle, et c’est comme ça que le beau François la remarqua. Contrairement à ceux d'Irène, ses parents étaient ce qu'on pourrait qualifier de nantis. Eux aussi d'origine espagnole mais d'Andalousie, ils étaient tous les deux nés en Algérie, lui en 1877 et elle en 1879, et faisaient partie de ces colons qui vivaient confortablement dans ce département français d’outre-mer. 

Mon arrière-grand-père était courtier en vin et possédait également à Rio Salado un dépôt de carburant. Maman se souvient que chez eux, on écoutait de la grande musique et des airs d’opéras sur un gramophone. Les quelques photos jaunies de cette époque attestent de leur distinction. Ils avaient trois enfants, Manuel, François et Juliette. Ses parents avaient acheté à leur cadet un garage, où il travaillait quand il rencontra la jolie Irène.

Pour mieux comprendre la portée de cette mésalliance, il faut avoir à l’esprit ce que sa belle-sœur répondit à ses amis qui lui demandaient qui François allait épouser : « une bonniche ». Dans les contes de fées, les fils de rois épousent parfois les bergères mais en général, c’est parce qu’ils en sont tombés fous amoureux. Jusqu’à la fin de sa vie, ce sera d’ailleurs la seule version que ma grand-mère soutiendra.

Pourtant, les années qui suivirent ne semblent guère lui donner raison. Toujours comme dans les contes, ils auraient pu se marier, avoir de beaux enfants et vivre heureux. Mais il faut croire que ce n’était pas leur destin. A peine neuf mois après leur mariage, ma grand-mère accoucha à 19 ans de sa première fille, Juliette. Puis, trois ans plus tard, d'une autre petite fille, Pierrette, ma mère.

Mon grand-père avait déjà depuis longtemps cessé de réparer des voitures préférant les cafés et les parties de cartes avec ses copains de bamboche. Puis, début 1935, ignorant que sa femme était enceinte de ma mère, il partit en Espagne s'engager dans la guerre qui venait de commencer entre franquistes et républicains...

A suivre ...

samedi 13 avril 2013

Dos Gardenias para ti (I)


Ce 13 avril, ma grand-mère Irène aurait eu 100 ans. Mais cela fera 15 ans demain qu'elle nous a quittés. Ma grand-mère était née à Prudon, en Algérie, à l'époque où celle-ci était française. Sa famille avait quitté la province de Valencia en Espagne à la recherche d'un ailleurs plus clément. Je ne sais pas très bien ce que faisait mon arrière-grand-père, je crois qu’il allait là où l’on avait besoin de bras, d’où les fréquents déplacements de sa famille. 

Cinquième de la fratrie, ma grand-mère fut la première à naître sur cette terre d'Afrique du Nord. Il me faut ici raconter une anecdote à propos de sa naissance. Les frères et soeurs de ma grand-mère avaient tous des prénoms espagnols, Evaristo, Alejandro, Procesa et Remedios (qui plus tard, se fera appeler Raymonde). 

Elle-même aurait dû s’appeler Incarnación et ne doit son prénom qu’à l’audace de sa jeune marraine qui, chargée de la déclarer à l’état civil sous ce patronyme peu flatteur, décida au dernier moment de lui donner un prénom en vogue, Irène. Il paraît que mon arrière grand-mère, "l'abuela", connue pour être un vrai dragon, entra dans une colère folle quand elle l’apprit. 

Mais le prénom lui resta. A cette époque, dans les familles pauvres d’Algérie comme d’ailleurs, les enfants travaillaient très jeunes. Je me souviens avoir entendu ma grand-mère raconter qu’à 9 ans, elle lavait les sols (elle disait « le parterre ») chez des riches, dans une salle à manger qui lui paraissait grande comme une salle de bal. Elle eut de nombreux patrons, c’est comme ça qu’elle les désignait, les « patrons », dont certains étaient très gentils avec elle. 

Elle me racontait que l’un d’entre eux, s’étant aperçu de sa maigreur, fit apporter des huîtres à l’office rien que pour elle ! Le dernier employeur qu’elle eut avant de se marier était un dentiste d'Oran pour lequel elle faisait le ménage mais également l’accueil des patients. Dans cette grande et élégante ville, son destin aurait pu être tout autre si sa sœur ne l’avait appelée auprès d’elle lorsqu’elle accoucha de son troisième enfant, à Rio Salado.

A suivre ...

jeudi 11 avril 2013

Un rêve étrange et pénétrant

En général, je n'aime pas que l'on me raconte un rêve. Je parle là des rêves quand on dort, bien sûr. Ceux que le Petit Larousse définit ainsi : "Production psychique survenant pendant le sommeil et pouvant être partiellement mémorisé."

Ma mère adore interpréter les rêves, elle a sur sa table de nuit un petit livre titré "La clé des songes", sorte de lexique associant un mot à une interprétation. Comme par exemple, rêver que l'on perd une dent est censé annoncer une mort. Avant d'écrire ce billet, je me suis promenée sur la toile où les sites sur le sujet sont légion et plus ou moins farfelus.

Là n'est pas mon propos. Je voulais parler ici d'un rêve récurrent pour ne pas dire le seul rêve dont je me souvienne au réveil, toujours le même avec des variantes. Je me rends quelque part sans problème, et au retour, je ne retrouve pas mon chemin. Si je suis dans un cadre urbain - je rêve souvent de grandes cités dortoirs ou de villes nouvelles - soudain, les rues, les cages d'escalier, les escalators se ressemblent tous. Si je suis à la campagne, une falaise que je n'avais pas vue à l'aller se dresse devant moi et m’empêche d'avancer. Je n'ai pas l'impression de paniquer, non, juste de devoir trouver un autre moyen de rentrer et ce, pendant ce qui me semble durer des heures.

Si je raconte cela aujourd'hui, c'est qu'hier, pour la première fois, je me suis perdue non pas au retour mais à l'aller. J'avais une adresse, une heure de rendez-vous, celui-ci était important pour moi, j'avais préparé à l'avance mon itinéraire mais le moment venu, impossible de m'orienter. Je me suis réveillée avant de savoir si j'étais finalement arrivée à bon port. Cette fois, nul besoin de livre ou de site pour interpréter ce que mon inconscient m'a soufflé. Je suis en passe de changer encore une fois de vie professionnelle - j'y reviendrai - c'est un gros challenge pour moi à ce stade de ma vie, et un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte...