
Quand nous avons élu domicile dans ce quartier de Bordeaux, nous n'avions aucun a priori. Nous ignorions que c'était l'un des plus populaires de la ville, haut en couleurs et aux accents chantants. L'appartement situé dans un bel immeuble de pierre et refait avec beaucoup de goût par un architecte d'intérieur, nous a séduits, ses propriétaires, un chef op' parisien et une antiquaire bordelaise, aussi, et le loyer nous a paru raisonnable. Pris en sandwich entre deux places aux noms qui fleurent bon le Sud, la Place du Maucaillou et la Place Canteloup, notre rue surplombe un marché et est bordée de cafés et de brocantes. Vieux quartier Bordelais, cerné au sud par les Capucins (les "Capus" comme disent les autochtones) - l'ancien "ventre de Bordeaux" - au nord par le Cours Victor Hugo et son très chic Lycée Montaigne, et à l'est par les quais de la Garonne, sa population était autrefois composée de forts des halles, de dockers du port voisin, et d'artisans en tout genre. Les rues en portent la trace, rue des Faures, de la Fusterie, ou rue Carpenteyre ... Puis, par vagues successives, les immigrés comme on dit en ces jours frileux, s'y sont succédé au fil des siècles, Espagnols, Portugais, Maghrébins, Turcs ou Africains. Une véritable tour de Babel. Ou plutôt de Saint Michel. Car, et j'aurais peut-être dû commencer par là, ce territoire si pittoresque, c'est le Quartier Saint-Michel, dominé par le clocher ou "la flèche" de la Basilique du même nom. Haute de 114 mètres, elle est aux dires des Bordelais, la troisième plus haute de France après celles des cathédrales de Rouen et de Strasbourg, en tout cas la plus haute du Sud de la France, foi de méridional ! Plus curieux, cette flèche (et le symbole n'a pas échappé à la Fléchoise que je suis ...) est séparée du reste de l'église laquelle date du 14è siècle et est d'un magnifique style gothique flamboyant. Bon, j'arrête là ma visite touristique, on l'aura compris, j'aime ce quartier et je sens que je vais m'y plaire. Il est presque midi, je vais faire un tour au marché, et peut-être m'assoir en terrasse. J'hésite entre un verre de Graves ou de Boulaouane ...