jeudi 10 novembre 2011

No More Ace to Play

Existe-t-il un moment précis dans la vie où l'on réalise que les jeux sont faits, que rien ne va plus, qu'on n'a plus de martingale pour espérer ramasser la mise ? Hier soir, ma fille m'a fait la surprise de s'inviter et de rester dormir à la maison. D'habitude, elle passe en courant, virevolte, me raconte ses petites histoires, m'embrasse et repart. Elle a 20 ans, l'âge de tous les possibles. C'est ce que je n'arrête pas de lui dire d'ailleurs, tu as la vie devant toi, tout est ouvert, tes choix t'appartiennent. Elle a la chance d'avoir choisi une voie, la restauration, où les offres affluent alors qu'elle n'a pas encore fini ses études. Elle travaille déjà tous les week-ends et est souvent sollicitée pour des extras. Au départ, c'était le prix à payer pour son autonomie, maintenant elle me dit que c'est là où elle se plaît le plus, au milieu de ses collègues, qu'elle se sent appréciée, utile, vivante. Je prie intérieurement pour qu'elle n'arrête pas ses études si près du but mais il est clair qu'elle en a soupé de la théorie, des profs méprisants et des condisciples immatures. Comme toute mère, je me réjouis pour elle mais je ne peux m'empêcher de ressentir une petite pointe d'envie. Ma vie à moi je la vois maintenant dans un rétroviseur et je n'arrive toujours pas à lâcher prise. Depuis un an que je suis revenue de cette parenthèse enchantée qu'a été notre aventure indienne, je n'arrive pas à trouver ma place. Les portes se ferment au fur et à mesure même si la plupart du temps je ne manque pas d'énergie, même si l’opiniâtreté a toujours été et reste mon principal moteur.  Quand je suis rentrée d'Inde, gonflée à bloc, j'avais l'illusion que j'allais pouvoir choisir mes propres options, faire ce que j'avais envie de faire. L'âge n'a jamais été un problème pour moi, j'ai toujours paru plus jeune que je ne le suis réellement, et dans ma tête, j'ai encore 20, 30 ou 40 ans, quant à mes neurones ils fonctionnent à plein régime, du moins me semble-t-il. Un an après, j'ai dû déchanter. Je n'ai pas décroché un entretien et quand on me sollicite, c'est pour refaire ce que j'ai déjà fait. Tout se passe comme si on vous rangeait dans une case une bonne fois pour toutes. Les recruteurs n'ont aucune imagination, aucun goût du risque, ils se contentent de cloner des candidats. Une "conseillère" bien intentionnée m'a même "déconseillé" un jour de parler de parcours atypique, ça fait prétentieux paraît-il. J'ai encore des atouts dans mon jeu mais pour filer la métaphore jusqu'au bout, il me semble qu'on ne me laisse plus abattre mes cartes.