mardi 22 septembre 2009

De Golconde à Golconde

En juillet 2000, les enfants en vacances chez leur père, j'étais partie rejoindre pendant trois semaines mon mari à Houston alors qu'il y était pour une mission de quatre mois. Comme il travaillait dans la journée, je profitais de mes temps libres pour visiter des musées, et c'est ainsi que je me retrouvai à la de Menil Collection, du nom de ses fondateurs-mécènes John de Menil et sa femme française Dominique, née Schlumberger. J'ouvre ici une parenthèse, les Texans sont riches grâce au pétrole, ça on le sait depuis Dallas, mais ce qu'on sait moins c'est que ce sont souvent des amateurs d'art éclairés. La collection de Menil possède quelques œuvres majeures d'artistes surréalistes comme Dali, Miro, de Chirico, Marx Ernst et ... Magritte, dont ce tableau, Golconde. Si l'art, selon la formule consacrée, est avant tout un choc, pour moi, c'en fut un. Je serais bien incapable d'expliquer pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre, j'aurais bien quelques idées si je me livrais à une auto-psychanalyse mais ça n'intéresserait personne. Il existe peu de clés pour décoder l'œuvre de Magritte. On pense que ses petits bonshommes à chapeau rond, tel que lui-même se représentait souvent, seraient liés au métier de sa mère, modiste, laquelle s'était suicidée alors qu'il n'avait que 14 ans (au secours, Monsieur Freud !). Les titres sibyllins de ses tableaux sont tout aussi énigmatiques et celui-ci m'a toujours intriguée. J'ai lu dans un ouvrage d'art qui lui était consacré, que Magritte et ses proches se livraient souvent au jeu préféré des surréalistes parisiens des "cadavres exquis". Cela consiste à faire passer une feuille de papier sur laquelle chacun écrit un mot puis la plie en cachant au suivant ce qu'il vient d'écrire. Réunis autour de l'artiste, face à la toile fraîche qu'il s'agissait de nommer, ses amis faisaient fuser les idées mais au final, c'était toujours lui qui décidait. Or, chez Magritte, tout était dicté par le poétique et le mystère, et aujourd'hui encore, Golconde ou Golconda garde tout son mystère. Ces jours-ci, BrB vient d'avoir la confirmation qu'il part pour une mission de six mois en Inde, à Hyderabad, capitale de l'Andhra Pradesh, et j'ai décidé de l'accompagner. Et voilà qu'en surfant sur le net, j'apprends que l'un des joyaux d'Hyderabad est un fort datant du 11ème siècle du nom de ... Golconde. Faut-il croire aux signes du destin ?

lundi 14 septembre 2009

L'envol

Les parents ne peuvent donner que deux choses à leurs enfants, des racines et des ailes. J'ai lu ça quelque part, un jour, et je l'ai retenu dans un coin de ma mémoire. Et puis voilà, il arrive, ce moment où les enfants ont quitté le nid et où l'on se retrouve seuls. On a beau s'y préparer, rien à faire, ça a du mal à passer. De retour de vacances, sur la route, d'un seul coup, un grand moment de cafard. J'allais rentrer à la maison et m'y retrouver seule, du moins jusqu'à l'arrivée de l'homme, le soir. Je n'entendrai plus la porte s'ouvrir, je ne verrai plus entrer ma fille et savoir au premier regard si elle a passé ou non une bonne journée, je ne prendrai plus le thé avec elle pendant qu'elle me la raconterait, je ne pesterai plus contre sa chambre, je n'entendrai plus BrB râler parce qu'il ne retrouve pas son agrafeuse ou sa compil de Tommy Castro, je ne me disputerai plus avec elle, je ne danserai plus avec elle, je ne la verrai plus déchiffrer ses partitions au violoncelle, je ne m'inquiéterai plus de ses retards ...
La famille est une figure à géométrie variable. Je me souviens comme si c'était hier des dimanches à la maison quand nous étions tous les cinq dans ce qu'on appelait pompeusement le salon de musique, et où trônaient, en plus des instruments de chacun, l'ordinateur et la télé. La maison était grande mais non, nous nous agglutinions tous dans la même pièce, chien compris. Puis, Arthur est parti vivre chez son père. Quatre ans déjà. Et voilà, c'est le tour de Zuzu. Nous l'avons installée à Bordeaux où elle va suivre des études d'hôtellerie pendant trois ans, puis nous sommes partis tous les deux pour ce qui ressemblait fort à une lune de miel en Italie. Sur le chemin du retour, nous avons passé le week-end avec elle, histoire de faire les derniers "calages". Elle était visiblement heureuse de nous voir, sereine, contente de son choix, commençant à prendre ses marques. Je ne me fais aucun souci pour elle, je la sens bien dans sa peau, elle va vivre j'en suis sûre, des années qui vont compter dans sa vie, elle est bien entourée, elle va revenir nous voir... Non, je n'ai pas d'inquiétudes. Juste un manque, un vide, le sentiment qu'une page se tourne, que tout est allé si vite, que je ne m'y suis pas assez préparée, que je ne suis pas prête. Mais l'est-on un jour ?

mercredi 9 septembre 2009

Je vous écris d'Italie (VI)

La Toscane me fait penser à un feu d'artifice. Viennent d'abord les "belles bleues", comme le ciel d'azur sur lesquelles s'ouvrent nos fenêtres le matin, ou le voile pervenche des madones des ex-voto sur le bord des routes ou des tableaux des maîtres de la Renaissance. Puis les "belles rouges", brique des campaniles ou rubis du Chianti dans les verres. Enfin, les "belles jaunes" des crete siennese, ces collines pelées ocre qui ont donné leur nom à la couleur terre de Sienne. Sans oublier, les "belles blanches", des parvis en marbre ou des statues en albâtre. Comme un feu d'artifice, l'émerveillement va crescendo. A Arezzo, Cortona, Montelcino, Sangimignano, ce ne sont que surprises et prétextes à s'exclamer. Entre ces jolies cités chargées d'histoire, les paysages de vignes, cyprès, oliveraies et chênaies sont un perpétuel régal pour l'oeil. Et puis, on arrive à Sienne, et l'on se dit qu'on n'a jamais rien vu d'aussi beau que ce majestueux Duomo à rayures blanches et noires, que ces fresques éclatantes de la Libreria Piccolomini, que cette Maestà de Duccio du Museo dell'Opera,... On finit par être soûlé devant tant de beautés, et puis voilà qu'arrive Florence. Florence, le bouquet final. On sait qu'on y reviendra car vraiment, consacrer une journée à ce fleuron, c'est comme visiter Paris en un week-end, une aberration ! Florence se mérite, quatre heures de queue sous le soleil pour la seule Galerie des Offices, non vraiment, on se dit qu'il faudra revenir, se lever tôt, mieux s'organiser. Alors, on part dans les rues au petit bonheur la chance, tiens, le Ponte Vecchio et ses joailliers, tiens, la Cathédrale et son tympan qui ressemble à une broderie géante, tiens la Santa Croce, ses fresques de Giotto et ses cénotaphes en marbre de Michel-Ange, Dante, Rossini... Alors, quand arrive la fin, comme pour les feux d'artifice, on n'a plus qu'une hâte : que tout recommence.

dimanche 6 septembre 2009

Je vous écris d'Italie (V)

Finalement, nous avons trouvé le bon tempo. Le matin, après un copieux petit-déjeuner, nous nous adonnons au farniente. Il n’est pas étonnant de constater, quand on est en vacances en Italie, qu’il n’y a qu’ici et dans cette merveilleuse langue que les mots farniente ou dolce vita prennent tout leur sens. Puis, sur le coup de 14 heures, nous empruntons de sinueuses petites routes de campagne et partons à la découverte des curiosités toscanes. Hier, nous avons mis le cap sur le Sud avec comme but de promenade, l’Abbaye de Monte Olivetto Maggiore. Le guide National Geographic qui nous sert de vadémécum, nous apprend qu’elle fut édifiée au début du 14è s. par un noble héritier qui souhaitait se retirer sur les terres isolées de sa famille avec quelques compagnons, et se consacrer à la prière. Le Pape Clément VI autorisa la fondation d’un ermitage qui prospéra d’une façon inattendue et se plaça sous la protection de St Benoît. Et là se trouve l’attrait principal du lieu, les murs du cloître sont recouverts d’une série de fresques dues à deux artistes de la Renaissance, Luca Signorelli de Cortone et le Milanais Giovanni Antonio Bazzi dit Il Sodoma. Telle une bande dessinée géante, ces fresques remarquablement bien conservées, racontent la vie de St Benoît et des Bénédictins de l’époque. Une scène relatée sur deux panneaux voisins nous a particulièrement amusés. Sur le premier, on voit un certain Florenzo accueillir des courtisanes (le cartouche parle de male femmine), dans ce lieu de prières. Il va par cet outrage s’attirer la colère divine. Dans le deuxième, en effet, on le découvre écrasé sous un éboulis. Au cas, où l’on n’aurait pas compris, ces mots terribles sont gravés dans le marbre sous la fresque : Come Dio punisce Florenzo. Seule la tête du pauvre garçon émerge d’un fatras de pierres et dans le ciel, de petits diablotins goguenards survolent la scène en proie à une franche hilarité. Les moines d’aujourd’hui cultivent sagement les vignes du Seigneur et ne font plus partager à leurs visiteurs, du moins on l’espère, que l’ivresse de leur vin et de leurs élixirs.

vendredi 4 septembre 2009

Je vous écris d'Italie (IV)

En rentrant hier soir du restaurant où nous avons passé une délicieuse soirée sous la tonnelle à faire plein de projets, nous avons constaté que notre petite annexe avait été investie par deux familles d’allemands qui ont bu du Chianti fort tard et fort bruyamment sous nos fenêtres. BrB leur a demandé de se taire dans un anglais disons, assez ferme, et ce matin, à la piscine, une des jeunes femmes est venue s’excuser. Ils sont de Munich ce dont je m’étais doutée, car je savais par Lena que la Bavière était le dernier länder à reprendre le chemin de l’école. Après deux bonnes heures de farniente, pendant lesquelles j’ai terminé de relire « Avril enchanté » de cette chère Elizabeth von Arnim, un bouquin bien de circonstance, nous avons décidé de nous secouer un peu. Nous avions repéré à une heure de route un outlet, énorme centre commercial de vêtements démarqués, la mode en Italie faisant aussi partie de la culture, non, non, je n’essaie pas de me dédouaner… Nous y avons fait quelques emplettes raisonnables, puis histoire de ne pas donner que dans la futilité nous avons mis le cap sur la jolie ville de Cortona. Comme il était déjà assez tard, nous avons eu droit à un superbe coucher de soleil sur la campagne toscane, c’était magique ! Cortona se monte moins du col que sa voisine Arezzo et nous y avons trouvé une ambiance très … italienne. Très peu de touristes en effet, juste des gens du cru qui profitaient de la soirée pour dîner dehors, boire du vin ou de la grappa en terrasse, ou simplement prendre le frais sur le pas de leurs portes, s’interpellant avec une bonne humeur qui n’appartient qu’à eux. Et nous, nous nous sentions simplement bien au milieu d’eux. Arrivederci !

jeudi 3 septembre 2009

Je vous écris d'Italie (III)

Nous faisons en fin de compte pas mal de kilomètres pour nous rendre sur les sites touristiques. Nous avions décidé de consacrer la journée à Sangimignano et nous sommes passés par la route des vins, ce qui n’était pas le plus court chemin même si le détour en vaut la peine tant les paysages sont à couper le souffle. Avec tout ça, nous sommes arrivés à la plus mauvaise heure sur place, et nous avons mis une demi-heure pour nous garer au pied des remparts et raté le marché. Notre premier achat de touristes a été … un parapluie. En effet, un gros orage nous attendait sitôt passée la Porta San Giovanni. Heureusement, il a été de courte durée et la chaleur a repris ses droits. J’ai oublié de le mentionner mais il fait plus de 30° depuis notre arrivée en Italie. L’après-midi, il n’est pas rare que la température flirte avec les 35 voire 37°. Sangimignano est bien sûr de toute beauté mais nous l’avons trouvé trop touristique. Ca rappelle un peu les Baux de Provence où le charme est un peu gâché par le temps passé à se garer et l’affluence. Début septembre et en semaine, nous ne nous attendions pas à cela. Qu’est-ce que cela va être à Sienne et Florence ? Nous avons fait l’impasse sur le musée et préféré une visite à la Collégiale, célèbre pour ses deux séries de fresques représentant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, et à l’église de Sant’Agostino. Là, j’ai eu un véritable coup de cœur pour la « Vierge à l’Enfant avec huit saints » peinte en 1494 par Pier Francesco Fiorentino. Je me suis sentie bêtement émue et très sensible à l’ambiance du lieu. De retour à la Villa la Grotta, nous nous sommes mis en quête d’un restaurant et nous en avons dégotté un dont le nom fait encore sourire « la osteria dell’oca satolla » qui, si j’ai bien compris signifie « l’auberge de l’oie pansue » ou repue ? Ce que nous étions en repartant. Ciao !

mercredi 2 septembre 2009

Je vous écris d'Italie (II)

La Villa La Grotta est envahie de français, de couples essentiellement puisque nous sommes hors vacances scolaires. Nous sommes tous là à la faveur d’un accord passé entre la Direction de l’hôtel et un site de voyages qui dégriffe des séjours de dernière minute et ainsi, tout le monde s’y retrouve. Notre appartement puisqu’il s’agit bien de cela, se compose d’une chambre, d’une salle de bain et d’un grand salon avec une cheminée. Une kitchenette permet même de pouvoir grignoter sur place si l’on ne veut pas dîner dehors. Tout est meublé et décoré dans un style champêtre de bon goût. Les fenêtres donnent sur la piscine et au-delà, sur un paysage de collines parsemées de cyprès. Les propriétaires ont donné aux chambres des noms de peintres de la Renaissance. Il nous est échu la « Piero della Francesca » et coïncidence, c’est sur les terres de ce dernier que nous avons choisi de passer notre première journée. En effet, le principal attrait de la jolie ville médiévale d’Arezzo est le cycle des fresques de « La Légende de la Vraie Croix », le chef d’œuvre de Piero della Francesca. A noter que dans un des tableaux censé se situer en Terre Sainte, Jérusalem ressemble à s’y méprendre à Arezzo. Voici pour la minute culturelle. Quant à la minute gastronomique, nous avons déjeuné léger sur la Piazza Grande et j’ai pris un bruschetto aux pomodori, ce qui m’a rappelé le pain aillé arrosé d’un filet d’huile d’olive que Maman nous faisait quand nous étions petits. Pour commander, c’est parfois cocasse. Personne ici ne parlant le français, juste un peu l’anglais, je m’exprime dans un sabir mi-espagnol mi-italien en essayant de prendre l’accent. Nous retournerons peut-être dimanche à Arezzo car c’est la fête de la Giostra del Saracino, la joute du sarrasin qui évoque l’époque où les pirates barbaresques menaçaient la Toscane. Arrivederci !

mardi 1 septembre 2009

Je vous écris d'Italie (I)

Tout le monde nous avait parlé des tunnels. J’ai dû avoir un long moment d’absence quand on a étudié la géographie de l’Italie du Nord au lycée car je ne la voyais pas si montagneuse. De Vintimille à, disons 50 km avant Florence, ce n’est qu’une succession de virages, viaducs et autres boyaux à peine éclairés. Sans compter les italiens qui ne respectent pas du tout les limitations de vitesse comme chez nous, et n’hésitent pas à vous doubler sur la droite. Flippant pour la trouillarde que je suis en voiture. Nous avons pris le chemin des écoliers. Partis de Marseille, notre précédente étape vers 10 heures, nous avons déjeuné sur la Promenade des Anglais d’un délicieux carpaccio de loup et de sorbets à la pêche de vigne et au limoncello. Puis décidé de prendre la route de la corniche entre Nice et Monaco. Je n’étais pas revenue là depuis l’été de mes 10 ans et les yachts mouillants au large du Cap d’Ail m’ont arraché des ah ! et des oh ! d’émerveillement. Mon mari m’a trouvé très gamine. Avec tout ça, il était 15h30 quand nous avons passé la frontière - très virtuelle depuis Schengen - et nous ne sommes arrivés à destination qu’après 20 heures, épuisés par la route, BrB d’avoir conduit et moi de m’être cramponnée à ma portière. La Villa La Grotta où nous allons passer une semaine est une très belle bâtisse du 17è restaurée dans le plus pur style toscan. Nos hôtes sont deux charmants garçons, Gian-Luca et Luigi. Nous nous sommes entièrement fiés à eux quand ils nous ont indiqué une bonne adresse pour se restaurer, au nom poétique de La luna nel pozzo. Heureusement que nous avions la voix désincarnée de notre tom-tom pour nous conduire à bon port car il encore fallu emprunter une route à lacets, seulement éclairée par la lune qui fort heureusement, n’était pas tombée dans le puits. Nous avons fini par dîner sous la treille d’excellentes charcuteries italiennes et de pasta aux truffes, le tout arrosé de Chianti dont c’est le pays. Ce sera tout pour aujourd’hui. Ciao !