vendredi 30 janvier 2009

A l'ombre des jeunes filles en fleurs

La lecture récente du dernier Jonathan Coe (pas son meilleur d'après moi mais bien quand même), m'a donné l'envie de "raconter une photo". J'ai choisi celle-ci. Qu'y voit-on ? Quatre jeunes filles aux champs. Deux d'entre elles ont piqué des fleurs dans leurs cheveux. Pas d'autre indication de l'endroit où a pu être pris le cliché. D'après leurs vêtements, on situe la période autour des années 40 ou 50, ce qui peut être corroboré par le noir et blanc de la photo et le grain du papier (c'est plus facile pour moi qui ai l'original sous les yeux). Elles ont toutes des manches longues mais retroussées et trois d'entre elles ont la tête recouverte d'un foulard ou d'un chapeau. On peut donc en déduire que la photo a été prise au début des beaux jours. Elles semblent très proches les unes les autres à la manière dont chacune passe son bras autour des épaules de sa voisine. A part celle de droite, toutes posent pour le photographe. Qui est-il justement ? Une cinquième amie, le fiancé de l'une d'elles ? Vais-je lever le voile ou non ? J'ai certaines clés mais pas toutes. Allez, j'arrête ce suspense... Parmi ces quatre filles en fleurs, il y a ma mère. C'est la troisième en partant de la gauche et la plus jeune. Elle doit avoir 15 ou 16 ans. A sa gauche, celle qui arbore crânement un petit chapeau à la Trénet, c'est sa soeur aînée, ma tante et marraine, Juliette. La brune au foulard c'est Constance, leur cousine germaine et de l'autre côté, sa belle-soeur Maria. Pour ce qui est du photographe, je n'ai pas éclairci le mystère mais je pencherais pour Camélia, la soeur de Constance, les quatre cousines étant inséparables. A peu près du même âge et élevées comme des soeurs, comme aime à le rappeler Maman. Toutes nées dans les années 30 en Algérie, département d'Oran. Toutes sauf Maria. Curieux destin que celui de Maria. Elle était Russe. C'est le frère de Constance et de Camélia qui l'avait ramenée "dans ses bagages" à la fin de la guerre où il avait été fait prisonnier. Elle avait à peine 16 ans quand elle est arrivée dans ce pays qu'elle ne devait probablement même pas situer sur une carte. Elle était magnifique et il en était fou. C'est la seule à ne plus être de ce monde, elle est morte l'an dernier. Je pourrais raconter leur histoire, à chacune, du moins ce que j'en sais. Mais je préfère les garder comme ça, pour l'éternité, à ce jour et à cette heure d'un printemps algérien où tout était encore possible...

vendredi 23 janvier 2009

A toute vapeur

Hammam. n. m. 1859 ; mot arabo-turc : "bain chaud". C'est drôle comme l'étymologie éclaire les mots de façon simple et les limite à l'essentiel. Mes premiers souvenirs de hammam remontent aux années 80. Le dimanche matin, je rejoignais ma cousine et nos copines au Hammam de la Mosquée, pas n'importe laquelle, la Grande Mosquée de Paris dans le Vè. Là, dans une atmosphère de gynécée, voire de harem mais sans eunuques, nous nous faisions étriller par d'accortes matrones au gant de crin. Elles nous laissaient pantelantes et rouges comme des écrevisses sur nos nattes, où, enveloppées dans nos serviettes blanches, nous papotions en sirotant du thé à la menthe. Je sais, c'est un peu cliché mais c'est la stricte vérité. J'ai le souvenir que ça piaillait là-dedans, un vrai poulailler ! Les unes se desquamaient à la pierre ponce, d'autres se badigeonnaient d'huile d'argan ou d'argile, certaines se faisaient même des couleurs au henné. Je n'ai jamais retrouvé cette ambiance ailleurs - des mosquées en Bretagne, ça ne court pas les rues - et les hammams que j'ai connus depuis sont aseptisés, le plus souvent associés à un sauna dans un centre de beauté. Rien à voir. Lors de notre randonnée au Maroc, j'avais lu sur la brochure que nous serions logés chez l'habitant avec tous les soirs possibilité de "faire un hammam", terme bien impropre, sans jeu de mots. En fait, j'allais découvrir une troisième version du hammam, sans doute la plus authentique et assez proche des nos anciens bains publics. Le hammam, situé à l'extrémité de la maison, se compose de deux minuscules pièces. Dans la première, où il fait à peine 12°, on se dépêche d'ôter ses vêtements. Puis, on entre dans la deuxième, entièrement carrelée de zellige. Le long du mur du fond, une sorte d'abreuvoir est rempli d'une eau chauffée par un feu de bois sous la maison dont les hommes entretiennent constamment les braises. A côté, un seau dans lequel on met l'eau chaude en faisant attention à ne pas se brûler, puis l'eau glacée qui coule d'un robinet jusqu'à atteindre la température idéale. Aussi efficace que n'importe quel mitigeur ! Il ne reste plus qu'à se verser de l'eau sur le corps, se savonner de la tête au pied au savon noir, et procéder de même pour le rinçage. Évidemment, la vapeur dégagée par la cuve d'eau bouillante assomme un peu mais après une journée passée à crapahuter, cela semble le summum du réconfort. Avec pour moi, un parfum d'enfance, celui de maman me versant sur les cheveux une casserole d'eau chaude. J'en ressens encore les picotements dans la nuque. Di-vin.

mardi 20 janvier 2009

My Fellow Citizens

Certes, comme vient de le rappeler Hubert Védrine sur le plateau de Marie Drucker, Barack Obama n'est pas le Président du monde, c'est celui des Etats-Unis d'Amérique. Certes, mais que cela fait du bien de le voir et de l'entendre ce soir ! J'étais dans ma voiture quand il a prêté serment et ma propre émotion m'a surprise. A travers le pare-brise mouillé et malgré le ballet des essuie-glaces, j'ai essayé de capter le regard de mes "fellow citizens" à moi, de communier avec eux en ce moment historique. Arrivée chez moi, j'ai écouté la fin de son discours à la télé et ce n'est pas un président noir que j'ai vu mais un président jeune, beau, respectueux de ses racines, conscient du poids de son héritage mais résolument tourné vers l'avenir. Un homme qui donne envie de croire en l'humanité, qui redonne un sens à l'espérance et dans lequel non seulement les américains placent leurs espoirs mais aussi bon nombre de citoyens de ce monde. J'ai l'impression que ce 20 janvier 2009 est en écho avec le 11 septembre 2001. Qu'un cycle se termine et qu'un autre commence. Utopique ? Sans doute. Mais ce soir, j'ai envie de me boucher les oreilles pour ne pas écouter les Cassandre de tout poil, de n'entendre que des notes pures sans aucun bémol, de savourer l'instant présent sans penser aux lendemains qui déchantent, de croire que l'homme va cesser d'être un loup pour l'homme... Yes We Can !

vendredi 16 janvier 2009

Revue des tailles

Non que je ne l'ai pas crue sur parole mais j'ai voulu vérifier par moi-même ses dires sur le terrain. J'ai donc arpenté notre bonne ville tout l'après-midi, de Z**a à B***on en passant par M****ian et C**oll plus quelques enseignes abritées par les G***** L***** et je peux vous annoncer ce soir la preuve du complot : c'est officiel, tous les 38/40 ont disparu ! Volatilisés, évaporés, atomisés. J'ai bien croisé quelques rescapés du génocide, de pitoyables 42 aux couleurs improbables, violine, caca d'oie, rouille mais de 38/40, point. J'ajoute que, de la même façon, les 2, S, M semblent n'avoir jamais existé. Seuls les jeunes gandins, 34/36, XS avaient droit de cité et, pour la première fois de leur vie, la possibilité de coudoyer leurs vénérables aînés 46/48/50, XL et XXL. Même épidémie chez les chausseurs où l'on passait du 36 au 39 (je parle là des chausseurs que je fréquente pas de ceux qu'on trouve dans les pages de E**e où les mules sont à 350 euros). Là, je m'interroge car, crise oblige, on nous rebat les oreilles de ce fameux pouvoir d'achat qui serait en berne. Deux explications s'imposent selon le principe de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Soit ça ne va pas si mal vu que les rayons ont été dévalisés en à peine une semaine par une horde de shoppeuses de moins de 75 ans pire qu'une attaque de sauterelles dans le Sahel ou qu'une épidémie de vérole sur le bas-clergé breton (comme aurait dit feu mon beau-père). Soit ça va si mal qu'en dehors de ces quatre semaines de folie, plus personne ne compte s'acheter la moindre babiole d'ici au 26 juin. En tout cas, moi je suis revenue bredouille et j'aurais tout aussi bien pu laisser ma carte de crédit à la maison. Enfin, pas tout à fait car Zuzu est venue me retrouver après le lycée et comme par hasard, tous les 34 et les 36 se sont mis à la parade pour la séduire. Ouf, la relance par la consommation peut encore compter sur les ados et le porte-monnaie de leurs mères !

mardi 13 janvier 2009

2 janvier : penser à accoucher

Il m'arrive rarement de commenter une actualité à chaud. La plupart du temps, je préfère me donner un peu de recul. Pourtant, si j'ai décidé de faire exception à cette règle c'est parce que je suis choquée du retour à son poste de Madame La Garde des Sceaux, 5 jours à peine après son accouchement. Nous en discutions en famille hier soir au dîner avec ma fille et mon mari. Celui-ci alléguait que c'était du ressort de sa vie privée et donc, cela ne nous regardait pas. Pas d'accord. Connaître le père de sa fille, oui, cela relève de son intimité et en dehors d'une curiosité normale (je me souviens de Claire Chazal en son temps), elle a le droit à la discrétion. Pour ce qui est de son retour prématuré aux affaires, c'est autre chose. Rachida Dati, depuis qu'elle a été nommée à la Justice se met régulièrement en scène. Elle soigne sa com, comme on dit, et je ne suis pas loin de penser qu'elle sert aussi d'alibi au Président. Femme, brillante, élégante, née d'une famille nombreuse issue de l'immigration, elle n'est pas là par hasard. Comme Rama Yade ou Fadela Amara, elle sert de double caution à ce gouvernement. Or, là, à une époque où l'on nous serine qu'il faut travailler plus pour gagner plus, que nous dit-elle ? Qu'accoucher d'un enfant est aussi banal que de se faire extraire une dent de sagesse ? Que cela ne doit pas nous empêcher de reprendre nos activités professionnelles au plus tôt ? Que, si l'on va plus loin, celles qui prennent un congé maternité légal de 16 semaines, obtenu de haute lutte, sont des tire-au-flanc ? Cette dérive me paraît dangereuse. Déjà il n'est pas rare d'entendre dans certaines soirées ou réunions de bureau : "toutes ces femmes enceintes, ça devient de plus en plus dur à gérer", dit sur un ton volontiers badin. Les françaises font des enfants et sont même à ce titre, les bonnes élèves de l'Europe. Peut-être tout simplement parce que ce congé maternité dont semble faire fi Madame Dati les y incite ? Et au-delà de cette période de repos bien mérité pour toute maman, n'a-t-il pas été voulu surtout pour permettre de créer un lien privilégié et indéfectible entre une mère et son enfant ? Dolto disait que tout se jouait avant 6 ans. Espérons que pour la petite Zohra, tout ne se sera pas joué avant 6 jours...

vendredi 9 janvier 2009

Clotilde Vautier, tableaux et tabou

Ce début d'année me laisse peu de répit. Démarrage sur les chapeaux de roues, à l'agence où j'essaie de rattraper deux semaines d'absence, comme à la maison où Zuzu est malade depuis mardi. Et pour finir, un vendredi occupée à aller "faire la prof" dans une école de commerce alors que j'aurais préféré lire les posts en retard et répondre aux premiers voeux. Je pare donc au plus pressé. Message à tous ceux et celles qui habitent à Paris, ne manquez à aucun prix l'exposition "Clotilde Vautier, un destin brisé" proposé par la Mairie du 3ème du 16 janvier au 6 février. Et ce, pour des tas de raisons, la première étant que Clotilde Vautier (1939-1968) a laissé en peu de temps quelque 200 dessins et la moitié de tableaux que j'ai eu la chance de voir à Rennes voici quelques années. La plupart d'entre eux ont pour sujets la femme et la maternité, thèmes prémonitoires quand on connait son destin. Ensuite, parce que c'est en évoquant l'histoire de Clotilde Vautier, sa mère, que Mariana Otero a réalisé en 2003 "Histoire d'un secret", un très beau film qui sera projeté pendant l'exposition. Enfin, parce que j'ai une tendresse toute particulière pour Antonio Otero, père de Mariana (et d'Isabel, l'actrice), mari de Clotilde Vautier et lui-même photographe et peintre. Par les hasards de la vie, nous avons acheté il y a une douzaine d'années une maison et avec celle-ci une fresque peinte par lui. J'ai cherché à en savoir plus sur l'artiste et, quand nous avons vendu la maison et réussi à récupérer la fresque, j'ai fait appel à lui pour la restaurer. Il a eu la gentillesse de le faire, sans aucune contrepartie, alors qu'il était atteint d'un début de dégénérescence maculaire. Lui et sa femme Marie-José continuent à perpétuer la mémoire de Clotilde Vautier, artiste très douée, morte prématurément des suites d'un avortement clandestin, sujet encore tabou à l'époque. D'ailleurs, 34 ans après la loi qui porte son nom, Simone Veil devrait être présente au vernissage de l'exposition, le 16. L'invitation m'est parvenue aujourd'hui au courrier. Je ne pourrai pas être à Paris mais peut-être que vous, si ?

samedi 3 janvier 2009

Page blanche

Chaque nouvelle année est une page à écrire. Pour moi, elle l'est doublement. A chaque 1er janvier, j'ai un an de plus. Dix lustres et une breloque, cette fois. Avec autant de lumières, je vais être très sage. L'expérience est une lanterne qui éclaire nos pas. Enfin, devrait. Ces deux dernières semaines ont été si riches que je ne sais pas si j'arriverai à les faire partager. Disons que notre idée de fuir la furie mercantile de Noël était une vraie bonne idée. Notre monde marche sur la tête, nous avons marché sur nos deux pieds. Des paysages à couper le souffle, des gens simples et souriants qui nous ont accueillis chez eux sans façons, de belles rencontres aussi dans notre groupe. Certains de nos compagnons avaient un sac beaucoup plus lourd que le nôtre à porter... Une pensée pour Anna. Je ne sais pas si j'ai trouvé les réponses que je cherchais mais j'ai l'impression que cette parenthèse m'a changée. J'y reviendrai. Le retour à la réalité a été brutal. Une conversation au téléphone avec mon patron m'a laissé entrevoir une année professionnelle qui ne sera pas facile. Et puis, en ces temps de trêve, j'ai guetté le retour du fils prodigue. Il est venu, a passé les fêtes avec ses copains, mais n'a pas trouvé le chemin de la maison... Parfois, mon cœur de mère est si gros que j'ai l'impression que ma poitrine va éclater. Enfin, mon mari était là, fort, rassurant, aimant, et ma fille, raisonnable et pleine de tendresse. J'ai aussi reçu cette année un nombre exceptionnel de messages, mails et textos pour m'aider à passer le cap. Il serait malvenu de me plaindre. Très bonne année 2009 à tous !