jeudi 29 mai 2008

Foot de douleur

Toute la journée, les radios nous ont rebattu les oreilles d'une tragédie qui s'est déroulée hier vers une heure de l'après-midi à Tignes. Si vous n'étiez pas au parfum, en entendant des mots terribles comme "forte charge émotionnelle", "douleur incommensurable", "épreuve d'une vie", vous imaginiez déjà le pire. Quoi ? Une avalanche meurtrière ? Un tremblement de terre encore plus dévastateur que celui qui vient de toucher le Sichuan (70000 victimes) ? Que nenni, vous n'y étiez pas du tout. Ce drame affreux, insoutenable, a fait sept malheureux, tous encore vivants à ce que je sache. Encore que, on ne sait jamais, peut-être l'un d'entre eux sous la pression trop forte, s'est-il jeté dans une dernière attaque désespérée contre un pylône électrique au volant de sa Porsche ?
La grande affaire donc de ces dernières 24 heures c'était la désignation par l'entraîneur de l'équipe de France de foot (what else ?), Raymond Domenech, des 7 joueurs qu'il avait décidé de ne pas sélectionner pour l'Euro 2008. Je sais, c'est tragique.
Dans une mise en scène que n'aurait pas reniée un autre Raymond (Rouleau, celui des Rois Maudits), il a donné congé après un dernier repas à ses 30 mercenaires du ballon rond, les prévenant que seuls les recalés auraient sa visite. Plouf ! plouf ! c'est-toi-qui-y-es ! L'un racontait sur France Info qu'il avais mis son iPod nano sur ses oreilles, et écouté de la musique classique (peut-être le Requiem de Mozart ?). Lui a eu de la chance, il a pu aller jusqu'au bout. D'autres ont entendu trois coups frappés sèchement à la porte (il paraît que Domenech est passionné de théâtre, ceci explique cela) et deux minutes après, ils n'étaient plus rien. Un hélicoptère les attendait (sûrement avec en fond sonore la charge des Walkyries comme dans "Apocalypse Now ") pour les ramener dare-dare à Paris. S'agissait pas qu'en plus ils cassent le moral des troupes restantes avec leurs jérémiades.
J'en vois qui vont dire que je suis une sans-cœur et me reprocher de ne pas compatir à l'énorme déception de ces pauvres garçons. C'est vrai qu'ils ont travaillé dur pour en arriver là. Prenons un de ces sept recalés au hasard, tiens Trézeguet, c'est vrai qu'il nous a fait vibrer en 1998. Il avait à peine 20 ans. Il en a 10 de plus et il joue à la Juve qui lui verse un salaire annuel de 4 millions d'euros, salaire qu'elle va encore rallonger pour le garder la saison prochaine. C'est sûr, il fait pitié.
J'ai une idée : et si je lançais une collecte sur la toile afin de lui offrir une douzaine de petits carrés Hermès pour sécher ses larmes ?

lundi 26 mai 2008

Revoir Manhattan

Nous évoquions l'autre jour avec mon homme les vieux films que nous affectionnions particulièrement, nos films cultes en somme, "Casablanca" (lui), "Breakfast at Tiffany's (moi), "La Vie est Belle" de Capra (nous) quand, au même moment, nous avons repensé à Manhattan. Il a donc couru les magasins samedi pour le trouver en DVD, et dimanche soir nous étions confortablement installés devant notre petit écran à le regarder.
Curieusement, il n'a pas vieilli. Bien sûr, il y a l'immonde frange frisotée de Diane Keaton, une chienne comme disait ma grand-mère (j'avais la même), les lunettes-hublots de Michael Murphy, son short flottant des plus seyants quand il joue au squash... Dans l'appartement de Mary-Diane, le téléphone en bakélite blanc ne cesse de faire entendre sa sonnerie aigrelette (pas de portable collé à l'oreille encore...), alors qu'elle tape ses articles sur sa Remington, l'ancêtre de notre MacBook. Quant à Woody Allen, le générique de fin a beau nous apprendre qu'il est habillé par Ralph Lauren, il reste toujours le même, avec ce style intemporel qui n'appartient qu'à lui.
Malgré ces quelques anachronismes, Manhattan, près de 30 ans après sa sortie, n'a pas pris une ride sans qu'on puisse vraiment dire pourquoi. Le fait qu'il ait été tourné en noir et blanc peut-être, la qualité de la photo qui fait que New York n'a jamais été aussi bien filmée, la musique de Gershwin - ah cette Rapsody in Blue ! ... - ou bien les thèmes abordés toujours actuels. Isaac-Woody y épingle le snobisme d'un microcosme intellectuel New-Yorkais qui tout aussi bien pourrait être de nos jours celui des bobos germanopratins.
Voici trois bonnes raisons parmi d'autres de revoir Manhattan :
Pour la scène où Isaac rencontre Mary, la journaliste pédante qui relègue son Dieu Bergman au rang de ringard, et l'entendre dire à sa girl friend : "Van Gogh ? Elle a dit Van Gogh ?" en essayant d'imiter son accent guttural qui se veut authentiquement batave. Pour celle où il dit à Tracy-Mariel Hemingway qu'elle a la voix de la souris de Tom et Jerry (ce qui est vrai !) et qu'il lui demande de ne pas être trop mûre pour son âge (elle a 17 ans). Ou celle où il prend à témoin le squelette dans la salle de classe de la trahison de son ami Yale-Michael et n'hésite pas à prendre Dieu pour modèle...

L'eau à la bouche ? Rendez-vous là : Manhattan (1979) de Woody Allen.

vendredi 23 mai 2008

Escort Mum

Ma fille grandit et s'émancipe. Et bien sûr, moi je flippe. Hier soir, par exemple, elle avait un babysitting à, disons, 100 mètres de la maison. Et bien, je ne me suis pas endormie avant qu'elle ne soit rentrée telle Cendrillon, peu avant minuit. Je me souviens d'une fois où j'avais copieusement enguirlandé ma mère que j'avais trouvée assise derrière la porte, un soir où je rentrais particulièrement tard. Elle s'était vexée et m'avait juré que c'était la dernière fois qu'elle s'en faisait pour moi. De fait, elle ne s'est plus manifestée lors de mes virées suivantes, et c'est moi qui me suis offusquée du peu de cas qu'on faisait de moi dans cette maison...
Ma Zuzu donc, qui va avoir 17 ans en août prochain, s'est trouvé un job d'été pendant le Festival d'Avignon. Je suis plutôt sereine car elle va travailler pour une de mes petites cousines (demoiselle d'honneur à mon premier mariage, ça ne me rajeunit pas ...) et son mari qui sont cavistes. Comme ma fille est folle de théâtre, elle se fait déjà tout un monde de ce qu'elle va connaître là-bas. Comme je lui parlais du "off" Avignonais, je n'ai pu m'empêcher de la mettre en garde. C'est vrai, je la voyais déjà aux prises avec un vieux metteur en scène libidineux lui proposant de lancer sa jeune carrière, ou bien un jeune premier beau comme Gérard Philipe du temps du TNP (faudrait que je me mette à la page question références, ça date un peu, non ?).
Et tout à coup, m'est revenue en tête une anecdote que je lui ai racontée, et qui m'a donné l'idée de ce post. Voilà, c'était l'été de mes 18 ans et pour parfaire mon espagnol, j'étais partie un mois chez ma grand-mère qui passait la moitié de son année à Alicante. J'avais dans l'idée de travailler un peu et je me suis mise à éplucher les petites annonces. Complètement ingénue, j'ai répondu à celle-ci : "Bar Américain cherche hôtesses parlant anglais et français si possible". Je n'invente rien. J'ai appelé au numéro indiqué et je suis tombée sur un monsieur charmant qui m'a donné rendez-vous à la terrasse d'un café. Français, la quarantaine, portant beau, il a commencé à m'expliquer en quoi consistait le job. Pretty woman, à l'époque, n'était pas encore sorti mais je crois que même naïve, j'ai compris de quoi il s'agissait...
Bon, attendez la chute ! Ma grand-mère qui connaissait la vie avait trouvé l'annonce un peu louche. Je ne vous raconte pas la tête de mon potentiel employeur quand à la question : "Et alors, comme ça vous êtes venue seule en Espagne ?" je lui ai répondu du tac au tac : "Pas du tout, je vis chez ma grand-mère. D'ailleurs, je peux vous la présenter, elle est juste à la table d'à côté !"


dimanche 18 mai 2008

Pas celle que vous croyez.

Il existe dans notre bonne ville un endroit stratégique pour les sondeurs. A l'angle de deux rues piétonnes, toute une brigade armée de porte-questionnaires est prête à fondre sur vous et il faut slalomer pour l'éviter. Justement, ce jour-là, je parviens à me faufiler quand, une fois passée, une voix m'interpelle :
- "Etudiante ?
Mi-interloquée mi-amusée, je me retourne :
- "Flatteur, va !"
- "Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute" (mon sondeur a des lettres, on dirait)
- "Justement, je n'écoute pas ! Au revoir !"
Fin de l'échange. Tout de même, je m'interroge. Et si j'avais fait illusion ? Je portais un jean, une veste en cuir cintrée, je sortais de chez le coiffeur et mes cheveux mi-longs flottaient sur mes épaules. Non, je me raisonne : Sois réaliste, ma vieille. Tu as l'âge d'être la mère de n'importe lequel des 200000 étudiants que compte cette ville. Si l'on excepte ceux de l'Université du Temps Libre, bien sûr ...
Par le plus grand des hasards, je me fais interpeler l'après-midi même alors que je pousse mon caddie plein des courses de la semaine sur le parking de mon supermarché habituel :
-"Hé la Sénégalaise ! "
Je découvre en face de moi un jeune black riant de toutes ses dents. Il vient de mettre en pratique la technique du pied dans la porte, c'est-à-dire utiliser n'importe quelle approche pour qu'on morde à l'hameçon, et plus c'est gros mieux c'est. Sans me laisser le temps de réfléchir, il me demande si je veux signer une pétition contre l'excision et le viol des femmes en Afrique. Franchement, qui dirait non ? C'est en lisant la feuille qu'il me tend que je m'aperçois que des sommes en euros figurent en face de chaque nom des signataires. Ça sent l'arnaque à plein nez. Je n'ai pas eu l'occasion de le lui dire car un vigile du centre commercial s'en est mêlé et lui a demandé, apparemment pas pour la première fois, de déguerpir.
Je sais que ces deux situations n'ont pas grand chose en commun si ce n'est que le même jour, on m'a prise pour ce que je n'étais pas. Loin s'en faut.

samedi 10 mai 2008

Dites 33 !

Comme tout nouveau salarié, j'ai été convoquée par la Médecine du Travail pour une visite dite d'embauche. Je ne sais pas comment on se retrouve un jour médecin du travail, est-ce un sacerdoce, une punition, une planque de fin de carrière ? - je l'ignore - mais je note que ces praticiens ont un profil disons, spécial. Le mien n'était plus tout jeune, blouse blanche, grosses bacchantes, lunettes en demi-lune perchées sur le bout du nez. Voilà pour le physique. Quant au style, c'était un monsieur charmant, paternel, pédagogue, très proche du souvenir que j'ai du vieux médecin de famille, celui pour qui nos gorges et nos bronches n'ont aucun secret. Il a procédé à une étude minutieuse de mon cas, m'interrogeant sur mes antécédents et mes petites misères, puis il m'a auscultée. Ce qui m'a sciée c'est quand il m'a demandé "dites 33 !" : deux petits mots que je croyais ne jamais plus entendre un jour. Enfant, ils ont toujours eu un côté mystérieux pour moi, c'est vrai, pourquoi 33 et pas 44 ou 55 ? En tout cas, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Louis Jouvet dans le Docteur Knock !
Là s'arrête la ressemblance car mon médecin du travail n'avait vraiment rien d'un charlatan. Si le trou de la Sécu est abyssal, ce n'est sûrement pas de sa faute. J'ai un petit renflement au niveau de la cicatrice que m'a laissée l'appendicite et qui parfois est douloureux. Et bien, c'est le premier à m'avoir dit ce que c'était : "C'est le colon !" s'est-il exclamé à la manière de Knock. Exactement, une colopathie fonctionnelle. Rien de grave a-t-il précisé, m'expliquant que mon intestin est trop long et que quand je suis stressée et tendue, il exerce une poussée. "Vous pouvez toujours faire un examen si vous voulez approfondir la question, mais alors une échographie à la limite. Pas de coloscopie, c'est trop douloureux et pas nécessaire. Et puis, vous la connaissez vous la bonne taille pour un intestin d'une personne comme vous, hein ? Franchement, on s'en moque. Non, si ça vous fait mal, faites du yoga !"
Voilà comment je suis sortie de son cabinet, rassérénée, vaguement touchée par tant de sollicitude, brandissant fièrement ma petite fiche où il avait noté d'une belle écriture d'une autre époque : apte.

mardi 6 mai 2008

Babel Tower

Depuis six mois, nous accueillons chez nous une jeune Allemande de 17 ans scolarisée avec notre fille. Nous lui avons proposé de l'amener passer un week-end à Paris. Quand elle nous a présenté la liste des "incontournables" qu'elle souhaitait voir, j'ai un peu fait la grimace : rien ne nous était épargné. Nous avons réussi à échapper au Louvre arguant qu'il y aurait trop de monde et que nous ne verrions rien en si peu de temps, et en lui proposant Orsay "à la place", mais la Tour Eiffel, elle y tenait. Son argument était du reste imparable : "Demandez à n'importe qui dans le monde ce qu'évoque Paris pour lui, et il répondra : la Tour Eiffel".
Nous voilà donc en ce jour J de vacances scolaires, et pas seulement les nôtres mais celles d'une grande partie de l'Europe si j'en juge par le monde partout. Le temps est avec nous, premier jour de vrai printemps, chaud mais pas trop, ciel bleu azuréen, parfait. Éric et les filles choisissent de rallier le Boulevard Raspail au Champ de Mars en Vélib (Merci M. Delanoë !) Prudente, je préfère prendre le bus. Las, j'ai perdu mes réflexes de Parisienne oubliant que les bus ne font souvent pas le même trajet à l'aller et au retour, je ne descends pas au bon arrêt, me retrouve Rive Droite obligée de traverser les Tuileries puis la Seine, pour finir par prendre le métro à Solferino, la honte !
Bref, quand j'arrive enfin au pied de la Grande Dame de Fer, c'est pour constater que mes compagnons cyclistes ont commencé deux queues différentes, l'une vers le pilier Nord et l'autre Est. Pas une queue bien ordonnée à la Disneyland, non, une queue bien de chez nous, foutoir assuré. On se dit qu'on en a bien pour deux heures en étant optimiste. Nos estomacs commencent à crier famine, le brunch est déjà loin. Comment va-t-on tuer le temps ? Facile, il suffit de tailler une bavette avec ses voisins. Quand j'arrive, mon petit mari toujours aussi sociable a fait ami-ami avec une grand-mère qui a voulu gâter sa petite-fille provinciale. Laquelle gamine commence à avoir faim elle aussi. Qu'à cela ne tienne, allez-y Madame, la baraque à frites vous tend les bras et on va vous garder votre place dans la queue. Au fil du temps, j'apprendrai que c'est une authentique Parisienne du 9è, qu'elle a fait les marchés pendant 40 ans, qu'elle a six petits-enfants qu'elle a invités hier au restaurant, Place du Tertre. Derrière nous, quatre jeunes filles se prennent mutuellement en photo. Je les crois Américaines et leur propose de les photographier ensemble, ce que bien sûr, elles acceptent avec plaisir. J'apprends qu'elles sont Sud-africaines, originaires des environs de Durban et qu'elles ne passent que 48 heures à Paris avant d'aller à Rome, Vienne et Londres !
Quand enfin, on touche au but, un groupe de Japonais nous précède. Cafouillage, palabres. Finalement, leur guide nous fait signe de les doubler ce qui nous fait gagner au bas mot vingt places. Visiblement sortis d'embarras, nous les retrouvons dans l'ascenseur. C'est là que d'un ton péremptoire, le liftier me corrige : ce sont des Chinois. Ah bon ? Et on les reconnaît à quoi ... ? Et de préciser : les Chinois ont remplacé les Japonais à Paris. Ah bon !
Un peu plus tard, après avoir admiré la vue largement méritée, il est temps de redescendre. Je refais la queue en attendant l'ascenseur. Deux couples grands, superbes, échangent en ce qui me semble être du russe. A un moment, l'un d'eux me bouscule et me dit "Scusa, Signora !
" Euh, non, ch'uis française. Si, si, y en a encore un peu par ici ...